dimanche 21 mai 2017

Hermas Bastien, ou sortir les Québécois de la paresse intellectuelle qui les tue à petit feu

Hermas Bastien (1897-1977)
Photo publiée dans
L'Illustration nouvelle, 6 décembre 1938

    « Nous avons trop d'automates ; 
         Il faut restaurer l'esprit. 
                 La vie est plate 
         De tant d'homme rabougris. »  
                                —  Hermas Bastien, 
                                      Les Eaux Grises, 1919


Il y a de cela maintenant quarante ans, soit le 21 mai 1977, décédait le philosophe, pédagogue et écrivain québécois Hermas Bastien, dont malheureusement très peu de gens se souviennent de nos jours, même si son oeuvre intellectuelle et patriotique est considérable, sa plume ayant produit une quantité prodigieuse d'articles, de livres et d'écrits de toute sorte. 

Comme le rappelle le philosophe et écrivain Marc Chabot dans un fort beau portrait (voir le texte intégral ICI) en hommage à Bastien : 

«Qui se souvient encore d’Hermas Bastien ? Il existe peut-être quelque part dans quelques bibliothèques de collège ou d’université. Il a écrit beaucoup, mais il nous reste de lui bien peu. Quelques essais ont été sauvés des nombreux élagages. Des livres qui dorment et tremblent sur nos tablettes. 


Dans le livre Ces écrivains qui nous habitent, on retrouve notamment des textes sur Marie-Victorin, Olivar Asselin, Albert Laberge et Louis Dantin. Puis, à la toute fin du volume, une bibliographie des livres et articles publiés par Bastien. 1021 titres, rien de moins : des essais philosophiques, des romans, de la poésie, de nombreuses réflexions sur la pédagogie et l’enseignement, des articles sur Descartes, Nelligan, William James, Goethe, Proust, Kant, Locke, Zola, Thoreau et Emerson

Hermas Bastien habitait son époque et avait un souci pour les autres. N’est-ce pas justement ce qui fait le véritable philosophe : pouvoir commenter, critiquer, analyser, penser et repenser les idées qui demeurent, les idées qui vivent et même celles qui devraient avoir une meilleure postérité ? 

[...] Il faut savoir que Bastien fut le premier laïc à s’intéresser à la vie philosophique en faculté et dans la culture en général. Pour lui, la chose était claire, le philosophe devait abandonner sa "fonction de défense" du thomisme, de la tradition scolastique ou de la théologie. La philosophie n’était pas seulement une pensée en mode défensif. Il fallait créer, il fallait sortir de ce rôle de défenseur de la théologie». 

Comme Marc Chabot le rappelle aussi, « Hermas Bastien combattait l’insouciance de l’esprit, la paresse intellectuelle, les déficiences d’une culture superficielle et même l’américanisation qui prend les formes de la facilité ». 

En parcourant son oeuvre, on constate effectivement que la lutte contre la paresse et la médiocrité intellectuelles qui dominaient déjà dans le peuple québécois d'alors faisait partie des principales préoccupations de Bastien, dont le patriotisme était indéfectible, comme en témoigne notamment son long engagement dans le mouvement nationaliste, et ce, dès la fin des années 1910 et le début des années 1920. 

Pour Bastien, la paresse intellectuelle engendre la servilité de l'individu et maintient le peuple dans la dépendance et la soumission. Comme il le soulignait déjà en 1923 dans son oeuvre de jeunesse Les énergies rédemptrices,« le servilisme politique enlève toute perspective. Il engendre l'arriviste chez qui l'ambition ne dépasse pas le succès de l'idole dont la position lui servira de tremplin pour arriver. Pas d'autre souci que les préoccupations personnelles ».

En dédiant sa vie à interpeller les Québécois à sortir de la paresse intellectuelle qui, depuis trop longtemps, les rend politiquement analphabètes et tue notre nation à petit feu, et surtout en se portant à la défense de l'intelligence, Hermas Bastien faisait preuve d'une grande témérité, sinon carrément de bravoure, tellement notre peuple, y compris  voire surtout  ce qui lui tient lieu d'élites, se complaît depuis trop longtemps dans la médiocrité et la veulerie qui lui font bouder les choses de l'esprit et qui perpétuent les chaînes qui le maintiennent dans l'asservissement politique et culturel.

Tristement, force est d'admettre que Bastien n'aura pas gagné sa bataille, comme on ne le constate que trop de nos jours où c'est la médiocratie qui règne, pour reprendre le terme fort adéquat d'Alain Deneault. Mais au moins, Bastien aura donné tout ce qu'il pouvait pour nous réveiller collectivement.

Pour cela, il mérite certes le modeste hommage que ces Glanures lui rendent en ce quarantième anniversaire de sa mort, et, surtout, au pays dont la vraie devise devrait être, si nous étions honnêtes envers nous-mêmes : «Je ne me souviens de rien», il mérite que nous soyons plus nombreux à refuser que sa contribution à notre avancement intellectuel, social et politique reste pour toujours reléguée dans l'oubli. 

C'est pourquoi ces Glanures vous offrent le texte qui suit, qui n'est qu'une parcelle de l'immense et riche héritage intellectuel que nous aura légué Hermas Bastien, parcelle dont le contenu, à bien des égards, reste d'actualité dans un Québec qui tarde à se déniaiser et à prendre en main ses destinées, c'est-à-dire à devenir adulte politiquement : 


Le chômage intellectuel

par Hermas Bastien 


«C'est une crise qui, chez nous, sévit depuis toujours. [...] Le chômage intellectuel, la loi du moindre effort aidant, nous est devenu une seconde nature. [...] On s'en inquiète assez peu, attendu que cette crise n'affecte pas notre carnet de banque et ne trouble guère notre digestion.

Le capital intellectuel 
[...],  on oublie qu'il est la condition de l'avoir matériel. L'incuriosité de l'esprit, voué à la routine ou gêné par l'inadaptation, explique pour une large part notre infériorité économique. Que voulez-vous ? L'argument d'autorité a, pour nous, valeur totale. On nous dit si souvent que notre province est à la tête de la Confédération que nous nous croyons dans un Eden. En matière sociale, économique, intellectuelle, éducationnelle, nous avons, paraît-il, la formule suprême. Satisfaits, nous restons dans le statu quo

Il arrive cependant que de temps à autre une voix s'élève. Si elle secoue notre léthargie, elle ne provoque pas le ralliement sauveur, chacun comptant sur son voisin. Il y a des esprits cultivés qui veulent organiser une plus adéquate défense de l'intelligence. [...]

Lorsque l'on parle de déficience d'instruction, d'aucuns répondent déficience d'éducation. Ils n'ont pas complètement tort, mais ils ne doivent pas oublier que toute matière d'un programme, si elle est bien enseignée, contribue à l'éducation. La botanique, apprise exclusivement dans un manuel où rien ne figure de la flore locale, dans une ambiance indifférente sinon hostile aux "petites sciences", sous la direction d'un maître qui ne domine pas sa spécialité, aboutit à un exercice de mémorisation. Si, au contraire, elle comporte herborisation, indication de lectures pertinentes, cette science devient éminemment éducative puisqu'elle développe le sens de l'observation, l'esprit de méthode et de classification, l'amour de la nature [de chez nous]. Il en est de même de toutes les matières. Même celles qui sont abhorrées peuvent devenir captivantes et, partant, inspirer le goût du travail. 

Or, dans nos collèges, les studieux sont minorité. Le goût, la passion du travail intelligent sont qualités rarissimes. Sans doute, la besogne quotidienne s'accomplit, mais de manière fort différente. Les vrais travailleurs se reconnaissent bien plus à leur constance et à leur goût de la lecture qu'à leurs succès. 

Il est des premiers de classe qui sont des paresseux. C'est après le collège que l'on reconnaît ceux qui y ont acquis l'habitude du labeur. Les honneurs sont conquis avec facilité par les surdoués. C'est pour eux que La Fontaine a écrit Le Lièvre et la TortueLe second groupe réunit ceux qui travaillent par crainte. Ils se contentent de la médiocrité. Le pourcentage de la promotion, voilà leur objectif. 

Et une masse imposante traîne, comme un boulet de forçat, une existence désabusée et fainéante. Leur esprit est illuminé par les étoiles du sport et du film. La paresse les vieillit prématurément et d'aucuns, gâtés par une mélancolie que les maîtres connaissent, s'en vont répétant les vers du pauvre Verlaine, 

       « C'est bien la pire peine
          De ne savoir pourquoi
          Sans amour et sans haine
          Mon coeur a tant de peine...»

Des causes diverses expliquent cette paresse intellectuelle [...]. L'histoire les a consignées. Il en est d'autres qui sont spéciales à notre époque. La génération d'hier ne les a point connues : le cinéma, le sport, l'auto, la radio. Déjà indolent par nature, le jeune Canadien français est accaparé par ces plaisirs faciles. Il ne profite guère que des inconvénients de toutes ces inventions que la science de son siècle a mises à sa portée. Les études proprement dites en souffrent mais, en particulier, le goût de la lecture. 

La carence du goût de la lecture, voilà l'indice du chômage intellectuel. [...] Certes, si nous surpeuplons les faubourgs, nous désertons les bibliothèques. 

[...] Le goût de la lecture est l'indicateur de l'efficience de l'instruction. Celle-ci, en développant l'intelligence, en lui faisant entrevoir l'immense domaine de la science, crée un besoin, excite la curiosité naturelle de l'âme humaine et l'avive et l'affine. Elle incite l'esprit à chercher aliment et satisfaction. C'est la lecture qui les lui procure. Bien que l'on puisse lire pour divers motifs, le livre demeure indispensable. On peut lire pour se reposer du labeur quotidien, pour jouir de l'art de l'écrivain, pour s'édifier dans un monde idéalisé. Ces buts sont nobles et légitimes. «Je n'ai eu de chagrin qu'un quart d'heure de lecture ne m'ait consolé», disait Montesquieu. Émile Faguet, dans l'opuscule charmant et spirituel L'art de lire, donne des conseils pratiques à ceux qui cherchent dans le livre l'ami discret qui console, amuse ou instruit. 

On doit surtout lire pour s'instruire. Le genre didactique répond à ce besoin. Indispensables aux étudiants, les manuels indiquent une méthode et fournissent les rudiments. Mais qui oserait se croire instruit pour avoir lu des manuels ? L'instruction s'acquiert dans la lecture d'ouvrages plus complets à condition qu'on les lise de manière à assimiler, en s'aidant de l'analyse, de la méditation, de la synthèse. Cela n'est guère possible qu'après le cours d'études, et toujours dans la mesure où l'on y a acquis le goût du travail méthodique. La classe doit apprendre à apprendre. Cet apprentissage a besoin d'être guidé durant la période de la formation.

Nous ne connaissons que par classes de choses. Non est scientia de individuis, de particularibus. En tenant compte de ce principe, on ne saurait trop insister sur l'insuffisance du journal au point de vue lecture post-scolaire. Le journal fragmente et morcelle la vérité. Son information est particulariste, individualisée, émiettée. Le journal ne profite guère qu'à l'esprit déjà formé et capable de ranger les faits sous les principes généraux. 
[...] 

On prétend, avec une candeur satisfaite, que notre instruction est plus poussée ; qu'elle est plus progressive ; qu'elle est exemplaire. L'on hausse les épaules et l'on prend une mine sceptique lorsqu'un impertinent vante ce qui se fait ailleurs ou à côté de nous dans le domaine éducationnel. 

Au fait, nos progrès culturels ne semblent pas avoir enrichi notre vie intellectuelle de façon sensible. [...] Les Canadiens français ne lisent pas, voilà une vérité. Ils s'excusent en disant qu'ils n'ont pas le temps de lire. Le mal s'avère dès le collège, disent les éducateurs, où les collégiens lisent moins que jamais. Fait lamentable. Une instruction qui ne développe pas le goût de la lecture ne saurait être dite complète. Quel peut être son but si ce n'est d'inculquer des habitudes de vie intellectuelle ? 

[...] « Notre patrie, a écrit Bossuet, est composée de morts et de vivants », et Auguste Comte, plus catégorique : « L'humanité se compose de plus de morts que de vivants ». Le livre est donc la prise de contact indispensable avec l'humanité pensante. Le collège doit apprendre à s'assimiler ce qu'une civilisation renferme. Il faut initier la jeunesse à la fréquentation des auteurs en la dirigeant vers les oeuvres qui, d'abord, plairont à son imagination. Ensuite et graduellement, on l'orientera vers les ouvrages instructifs. Non pas qu'il faille ambitionner de faire de tous nos jeunes gens des rats de bibliothèque [...], mais pour que, les études finies, ils sentent le besoin d'alimenter leur esprit. Ouvriers ou professionnels, commerçants ou industriels, tels jeunes gens chercheront à se perfectionner dans les livres relatifs à leurs occupations.

Or, combien y a-t-il de personnes qui agissent ainsi ? Une fois sortis de l'usine ou du bureau, du magasin ou de la manufacture, les Canadiens français n'ont guère le souci d'enrichir leurs connaissances, enrichissement qui leur procurerait une noble jouissance, soit, mais qui les rendrait plus aptes à progresser dans la carrière qu'ils ont choisie. 

Plus que la conférence, les discours, le journal, la radio, la lecture est la grande éducatrice post-scolaire. À notre époque de concurrence effrénée, seuls les mieux outillés réussissent. À la base du succès, comme à la source des revers, on trouve infailliblement la curiosité ou l'apathie intellectuelles. 

[...] Le premier de classe au collège, bien doué, a cru que la fin de son cours d'études marquait le terme de ses études. Il a laissé son esprit s'empoussiérer. Il n'a pas songé que le savoir sanctionné par le parchemin n'est qu'une initiation et que, partant, il faut un complément, une alimentation intellectuelle soutenue durant toute la période de la formation personnelle qui se prolonge bien au-delà de la durée de la vie d'étudiant. Les pédagogues en fixent la limite vers la trente-cinquième année. Dans la société, il devient vite un retardataire, puis un amorphe.

Tel autre, qui inquiétait ses maîtres par sa légèreté, devient soudain leur honneur et leur gloire. C'est que, très souvent, celui-ci, après le collège, s'est remis à l'étude. De la salle de cours, il a emporté le goût de la lecture. C'est son bonheur et son salut. Le voilà dans la vie pratique et active une valeur, un spécialiste, un savant, un littérateur. Et ses maîtres le regardent maintenant avec orgueil, cet homme utile aux siens. Les oeuvres d'ordre social, philanthropique ou national, peuvent compter sur lui. Il est de bon service. Même dans l'ordre matériel, il est d'ordinaire celui qui réussit le moins mal. 

Rien d'étonnant qu'il en soit ainsi. [L'être humain] n'est pas une machine qu'il suffit de mettre en branle. Il est un être intellectuel et son esprit a un impératif besoin de nourriture. Ruskin l'a dit : «Les vraies veines de la richesse sont de pourpre et non d'or». Les cerveaux qui savent penser, voilà la vraie richesse, le trésor inépuisable. L'ambition du succès dépend de la générosité et cette générosité on la cultive, ou l'on peut la faire naître en soi, par la lecture. C'est la lecture qui donne des ailes. L'expérience prouve cette affirmation. Pas de plus grand apathique que l'homme dont l'intelligence est privée de lectures. 

Toutes les classes sociales souffrent de ce laisser-aller intellectuel. Les élèves de l'enseignement primaire, à la sortie des classes, ne savent choisir leurs lectures quand il leur arrive de lire. Le feuilleton et le journal sans tenue sont d'une décevante popularité. Et nos professionnels suivent la même loi du moindre effort. 

[...] Notre paresse intellectuelle paraît incurable. De tous les milieux, on entend le même aveu, le même regret. « Je n'ai pas le temps de lire...» Piètre excuse. On a du temps pour tout, le club, le cinéma, le sport, la flânerie. Ceux qui sont le moins occupés ne trouvent pas le temps de lire.

[...] La lecture, qui fut toujours une nécessité, devient un gage de succès ou de faillite pour l'individu et la société qui, sans elle, s'ankylosent dans la routine. À la campagne, à la ville, on ne lit pas. On ne soupçonne pas le profit à tirer du livre. Il serait illusoire de perfectionner notre système d'enseignement, d'élargir nos programmes scolaires, si une fois sortie du collège, notre jeunesse s'engourdit dans l'insignifiance. La formation qui ne donne pas le goût de se perfectionner, du moins de se sustenter intellectuellement, est-ce une formation réelle ?

Puisse le livre inviter le lecteur ! Il est parfois si bienfaisant de s'évader de la réalité pour se transporter dans un monde fictif plus beau et meilleur. Mais qu'on ouvre les livres sérieux, pour acquérir les notions, les principes, la science, les connaissances générales qui feront que la supériorité dont notre peuple se targue sera mieux qu'un mot de passe, à moins que ce ne soit une blague. 

Cette supériorité, faisons-la plutôt resplendir par la culture générale, dans notre pensée quotidienne pour qu'elle informe notre langage et magnifie notre action. »

Extraits de : Hermas Bastien, La défense de l'intelligence, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1932, p. 90-104. 


Dédicace d'Hermas Bastien, dans son livre Témoignages,
Études et profils littéraires
, 1933. (Collection Daniel Laprès)
Hermas Bastien, dans sa jeune vingtaine ;
(source : Archives de l'Université de Montréal)

Quelques-uns parmi les nombreux ouvrages publiés par Hermas Bastien : Témoignages ; études et profils littéraires, 1933 ; Conditions de notre destin national, 1935 ; Olivar Asselin, 1938 ; Ces écrivains qui nous habitent, 1969 ; (cliquer sur l'image pour l'agrandir).  

Deux oeuvres de jeunesse d'Hermas Bastien : Les Eaux Grises
recueil de poèmes, 1919 ; Les énergies rédemptrices, 1923 ;
(cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Sur la photo de cet article de février 1966 paru dans La Presse, on voit Hermas Bastien en compagnie de l'historien Lionel Groulx et de Guy Sylvestre et Roger Duhamel, membres de l'Académie canadienne-française. (Source : BANQ).

Notice nécrologique parue
dans Le Devoir, 24 mai 1977.

lundi 8 mai 2017

Une nuit sur le cap Tourmente (vers 1845)

Le cap Tourmente, vu du Petit Cap (Source : Wikipedia Commons).

Dans Donner un sens à la montagne, qui est l'une des toutes premières de ces Glanures, on peut lire des extraits substantiels d'un texte lumineux du grand universitaire, économiste et homme de lettres québécois Édouard Montpetit, dans lequel il prône l'importance de susciter et de nourrir l'amour de la patrie en « enseignant la nation sous la forme d'une géographie cordiale, suivant le mot de Georges Duhamel »

Pour Montpetit, cette manière de faire apprécier la nation revêt « une importance capitale si l'on veut bien s'élever jusqu'à la philosophie de notre destinée ». Il précise : 

« Voilà ce dont il s'agit, donner un sens à la terre et à l'histoire. Le détail, recueilli avec patience et piété, nous y conduira, tous les détails et pas seulement celui qui traduit l'activité politique, tous les détails qui expriment notre humanité. [...] Pour connaître et aimer ce territoire que nous avons formé, qui est nôtre encore, rien ne vaut pour nos esprits latins, comme d'en pénétrer, par l'observation constante, la beauté et les traditions ».

De nos jours, malheureusement, il n'y a que bien peu d'auteurs de livres ou même d'articles qui mettent en application le voeu de Montpetit consistant à faire « aimer ce territoire que nous avons formé, qui est nôtre encore », et encore moins à en découvrir « la beauté et les traditions ». À ce chapitre, on ne nous sert que de redondantes proses récréo-touristiques d'un ennui mortel, sinon de plates descriptions techniques. Rien donc qui touche le coeur, rien qui élève l'esprit, rien qui éveille ce sentiment d'appartenance à cette nation québécoise qui, non sans avoir dû mener de dures luttes pour son existence et ses droits, a pris racine sur ce territoire qu'elle a modelé à son image tout comme elle a été modelée par lui. 

Mais quand on fouille dans les ouvrages publiés antérieurement à cette faillite qu'aura été la modernisation du Québec, c'est-à-dire en gros avant la soi-disant "révolution tranquille", il arrive que l'on découvre de ces écrits qui remplissent la mission qu'Édouard Montpetit souhaitait être assumée par nos institutions d'enseignement — du primaire à l'université —, de même que par nos institutions culturelles, y compris médiatiques. Et plus on remonte loin dans la passé, plus on y découvre de véritables et lumineux joyaux, bien qu'ils soient, souvent depuis longtemps, enfouis dans l'oubli, et ce, à notre plus grand détriment. 

C'est ainsi que j'ai déniché un tel joyau littéraire qui décrit une excursion nocturne d'un petit groupe de jeunes ecclésiastiques du diocèse de Québec sur le cap Tourmente, vers 1845. Son auteur est l'abbé Charles Trudelle (1822-1904), et les informations biographiques que l'on trouve à son sujet, notamment sur le site de la Ville de Québec (voyez ICI), nous révèlent son intérêt pour l'histoire et la littérature. Ainsi, alors qu'il était curé dans Charlevoix, Trudelle a fondé une singulière association de poètes qui avaient en commun d'être ecclésiastiques et dont le nom était le «Congrès de la Baie-Saint-Paul». 

À ce sujet, l'historien-ethnologue Serge Gauthier, qui préside la Société d'histoire de Charlevoix, écrit:


«C'est à l'abbé Charles Trudelle que revient l'idée de mêler victuailles, franche camaraderie et poésie. L'abbé Trudelle est nommé curé de la paroisse de Baie-Saint-Paul en 1856. C'est un homme cultivé intéressé par la littérature, l'histoire et même le folklore. Il rédige une monographie historique de Baie-Saint-Paul où se mêlent les faits d'histoire et la description des pratiques locales des habitants. Ce texte est publié en 1878 sous le titre de Trois Souvenirs. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que l'abbé Charles Trudelle invite ses confrères et convives séjournant à son presbytère pour les Quarantes heures à écrire de la poésie, créant ainsi le Congrès de la Baie-Saint-Paul ». (Article complet de M. Gauthier ICI)

C'est précisément dans le livre Trois souvenirs que se trouve le captivant, mais aussi émouvant récit de l'excursion sur le cap Tourmente par la petite troupe de l'abbé Trudelle et qui s'est déroulée il y a maintenant plus de 170 ans.

Quand on a lu, sinon médité comme il se doit le récit de l'abbé Trudelle que vous pouvez parcourir ci-dessous, il devient impossible de continuer de contempler de la même manière qu'avant le cap Tourmente, l'un des plus beaux sites naturels de notre Québec. Et il devient impossible aussi de regarder de la même manière qu'auparavant les multiples beautés que recèle partout notre patrie, qui mérite certes qu'on lui soit davantage attaché que nous ne le sommes de nos jours.

À votre tour donc de goûter le bon moment de lecture que nous offre la prose de l'abbé-poète...

L'abbé Charles Trudelle (1822-1904)
(Source : Encyclobec)
Une nuit sur le cap Tourmente
(vers 1845)

par l'abbé Charles Trudelle

«Un écolier en vacances, c'est souvent un nouveau chevalier de la Manche à la recherce de quelques aventures, courant au devant d'un péril, aimant à faire des marches, des promenades extraordinaires, des tours de force ou d'adresse, quelque chose enfin de remarquable qu'il se plaît ensuite à raconter pendant les congés et les récréations de l'année, au milieu d'un cercle d'amis où la gaieté préside. 

Témoins de la vérité de ce que j'avance, ces six vaillants compagnons (au nombre desquels j'aurai toujours la gloire d'être compté) qui voulurent un jour aller voir lever le soleil du haut du cap Tourmente. La pensée était neuve selon nous, et à ce titre seul elle méritait notre plus sérieuse considération. Aller passer la nuit sur le cap Tourmente ! Pour y voir lever le soleil !! Les joyeuses traditions des vacances passées au Petit-Cap de Saint Joachim ne parlaient d'aucun fait semblable. Mais pour tenter une aussi grande entreprise, il fallait un courage plus qu'ordinaire.

Quand une promenade s'annonçait pour la cime du Cap, l'usage voulait dans le temps que l'on fît dès la veille tous les préparatifs dont le principal était de se coucher plus tôt que les autres jours : puis aussi  [tôt le] matin que possible se faisait la toilette d'ordonnance que l'étiquette prescrivait en pareil cas, et le départ sonnait aussitôt afin de profiter de l'air frais du matin. «Bon voyage», disaient ceux qu'un goût plus pacifique retenait au Château Belle-Vue, et le joyeux escadron, n'ayant pour tout bagage qu'un bâton et la boîte aux bluets que fournit la nature, s'élançait alors, impatient d'arriver au bout de sa course et réglait sur le chant ses pas précipités : En avant fanfan Latulippe... !

Et les voix, fortes d'abord, allaient s'affaiblissant rapidement à travers les ormes et les noyers sous lesquels disparaissait la troupe bruyante. 

Mais il n'en était pas ainsi de nous, obligés de faire notre ascension au beau milieu du jour. Il nous fallait affronter, ou plutôt charger à dos le soleil brûlant du midi, par une chaleur accablante du mois d'août, puis apporter le vivre et le couvert. Mais peut-il y avoir des obstacles insurmontables pour des coeurs généreux ? 

Donc, chacun chargé de son paquet, nous nous mettons en quête, joyeux comme des rois d'Yvetot. Ceux qui gardent la maison, tout en nous souhaitant un heureux voyage, rient sous cap (sic) et semblent désirer pour nous quelque désappointement ; au moins, s'il nous en arrive, tous unanimement se promettent de rire à nos frais et dépens. 

Cependant, jusqu'au pied du cap Tourmente nous allions à volo, riant, chantant à faire envie, mais une fois là, plus de chant et par temps (sic) plus de joie. L'un devant l'autre, courbés en avant, appuyés sur nos bâtons, nous allions à petits pas, suant, soufflant et écrasés par un soleil ardent, —nous montions les falaises

Enfin, après nous être laissés tomber par terre vingt fois de lassitude, après avoir étanché notre soif aux eaux du Simoïs et du Scamandre, après nous avoir rafraîchis sur les bords du Pactole au sable d'or (doux souvenir des champs où fut Troie attaché à trois petits ruisseaux par nos heureux devanciers en vacances), nous arrivons sur la cime du cap. Nous nous jetons d'abord à genoux au pied de la croix plantée en 1844 en mémoire d'un projet de promenade à Saint-Joachim qui n'eut lieu que l'année suivante. 

Puis, nous reposant et nous rafraîchissant au souffle du vent toujours frais qui règne sur cette élévation de 1800 pieds, nous contemplons à loisir le vaste panorama qui s'offre aux regards étonnés. Oh ! que l'on est bien dédommagé des peines qu'il faut se donner pour en jouir ! On sent alors son coeur battre d'un nouveau sentiment d'amour pour sa patrie et l'on ne peut s'empêcher de répéter avec un de nos poètes (Note des Glanures : il s'agit du poète Isidore Bédard) : 

          Qu'elles sont belles nos campagnes ! 
          [...] Salut, ô sublimes montagnes, 
          Bords du superbe Saint-Laurent !
          
Car tout cela se présente à la vue en même temps. 

D'abord devant soi, une immense nappe d'eau parsemée d'îles que l'on prendrait pour autant d'oasis verdoyants, sillonnée en tous sens et par la frêle embarcation du pilote canadien, et par la barque du pêcheur, et par l'énorme trois-mâts sous pavillon de toutes couleurs, s'étend jusqu'au pied même du cap. C'est notre majestueux Saint-Laurent descendant des mers intérieures de l'ouest et portant à l'Atlantique le riche tribut de ses eaux et de celles de ses nombreux tributaires. Tout y réjouit et repose agréablement la vue ; soit que les vents, retenant, leur haleine, permettent aux eaux d'aplanir leur surface où vont se refléter comme dans un miroir les nuances variées de la voûte des cieux ; soit qu'un doux zéphir effleure cette plaine, ou que les vents furieux soulèvent et conduisent au rivage des vagues écumantes. 
«D'abord devant soi, une immense nappe d'eau parsemée d'îles que l'on prendrait pour autant d'oasis verdoyants [...] C'est notre majestueux Saint-Laurent descendant des mers intérieures de l'ouest et portant à l'Atlantique le riche tribut de ses eaux et de celles de ses nombreux tributaires» ; (Source de la photo : Randonnée Plein Air).
À droite, la Côte de Beaupré, avec ses rivières, ses chutes, ses vergers de prunes de Damas, ses maisons du temps des Français, s'élevant du fleuve en amphithéâtre et encadrée par les Laurentides dont la chaîne, après avoir décrit une longue courbe, va se terminer à l'horizon par un point brillant qui semble une riche perle placée là pour attacher ensemble la nappe d'eau du Saint-Laurent et le cordon verdoyant de ces montagnes. C'est le cap Diamant, couronné de ses tours, de sa citadelle et de ses remparts, la cité de Champlain avec ses toits, ses dômes et ses clochers de fer-blanc, Québec, le Gibraltar du Nouveau-Monde. 

Puis, revenant de cette lointaine excursion, avec quel plaisir l'oeil se repose encore à droite sur l'Ile d'Orléans qu'il embrasse presqu'en entier ! Sur le Petit Cap et sur le riche plateau qui forme la plus grande partie de la paroisse de Saint-Joachim. 
«...avec quel plaisir l'oeil se repose encore à droite sur l'Ile d'Orléans qu'il embrasse presqu'en entier ! Sur le Petit Cap et sur le riche plateau qui forme la plus grande partie de la paroisse de Saint-Joachim »  ; (Source de la photo : Rodolph Balej).
Mais voyez donc devant vous et par-delà le fleuve ce vaste tableau qui s'étend à gauche aussi loin que la vue peut atteindre ; comme elles sont belles ces campagnes ! Admirez donc l'élégance et la propreté de ces demeures ! Les voyageurs n'ont-ils pas raison de dire que la Côte du Sud est la plus belle partie du pays ? Puis examinez l'Ile-Madame, l'Ile-aux-Ruaux, la Grosse-Ile, l'Ile-aux-Grues et loin, —loin, là-bas, —les Pèlerins

À gauche, c'est la suite des caps de la côte du nord qui semblent, en s'avançant dans le fleuve, vouloir en retarder la marche, de concert avec l'Ile-aux-Coudres que l'on voit sortir de l'eau à l'horizon. Derrière, toujours les mêmes montagnes dont l'aspect sauvage fait ombre au tableau. 

Mais que fais-je ? J'essaie de tracer un tableau que le pinceau le plus habile ne pourrait jamais représenter dans toute sa beauté naturelle. Occupons-nous donc plutôt de ce qui nous importe en ce moment. 

Déjà le soleil allait disparaître et il était temps de penser à dresser la tente qui devait nous abriter contre la maligne influence de l'air pendant la nuit : à l'oeuvre donc, compagnons !

À l'instant, des perches sont suspendues sur des poteaux et une toile, qu'une pluie torrentielle pourrait à peine pénétrer, est tendue sur cette charpente et forme une tente dont Achille se fut bien trouvé au temps de sa colère. Les sapins sont dépouillés de leurs branches et chacun à l'envi l'un de l'autre apporte la provision nécessaire pour se faire un lit. Au milieu de la tente, une table dressée sur une couche épaisse de feuillage reçoit les mets de notre frugal repas. 

À la porte, un feu sans cesse alimenté par un bois résineux pétille et semble vouloir prendre part à la gaieté franche qui règne dans tous les esprits, et qui se produit au dehors par de fréquents éclats de rire. Le repas fini, nous sortons à la hâte pour goûter l'air rafraîchissant de la soirée et jouir du spectacle des étoiles et surtout de la lune qui vient de paraître sur l'horizon. 

Cependant, depuis que le jour avait fait place à la nuit, des nuages obscurs s'étaient élevés vers le nord ; des éclairs, faibles encore, s'y faisaient voir de temps en temps. Personne n'y faisait grande attention : ce sont des éclairs de chaleur, disons-nous, et nous nous asseyons sans inquiétude. Nous causons et fredonnons aux accords de la flûte ; nous écoutons les sons mâles de la trompette que l'un de nous avait apportée ; quelquefois, nous nous prenons d'admiration pour le spectacle que nous avons devant nous. Cette lune, dont la douce lumière argentait tout au loin dans la Côte du Sud et se reflétait sur la surface aplanie du fleuve ; le calme parfait de la nature : tout était propre à faire naître en nous cette agréable mélancolie que donne la solitude et qui dispose à la prière. Aussi, avec quel bonheur chacun de nous se mit-il à genoux pour faire en commun notre prière du soir. 

Pour moi, pendant que mes compagnons de voyage se donnaient le plaisir de la conversation, je laissais avec complaisance mon esprit se reposer sur un lieu à jamais cher à mon souvenir et que je devais bientôt laisser peut-être pour toujours : le Petit-Cap de Saint-Joachim, espèce d'île enchantée au milieu de prairies verdoyantes sur laquelle la lune semblait se plaire en ce moment à verser les rayons de sa lumière argentine. Fut-il jamais lieu plus propre à passer agréablement le temps des vacances ? Quelle belle solitude et en même temps quelle bruyante activité ! Non, il n'y a pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée jusque dans ses plus petits détails ces heureux théâtres des plus doux amusements, et je sens renaître en moi les impressions que j'éprouvais alors. 

[...] Je me promène encore en esprit dans ces beaux sentiers si proprement entretenus sous les arbres du bocage. Je pars par la Wellington, je m'arrête au fort Saint-Louis, pour jeter un coup d'oeil sur le Saint-Laurent, je reviens par la Waterloo, puis je descends la Côte Champlain et je vais me désaltérer à la Fontaine à Bouchard

Mais qu'entends-je et quels bruyants préparatifs ? Où allez-vous donc ?... À la promenade. Etes-vous des nôtres ?... Allons vite, partons !... En roulant ma boule, roulant... N'est-ce pas ainsi qu'armés de nos instruments de pêche et de nos ustensiles de cuisine, nous partions pour faire des fêtes au Petit Moulin, célèbre par des traditions de crêpes plus ou moins mal tournées et par son pommier sur les bords de la Friponne ; au Petit Sault de la rivière Sainte-Anne, merveille de la nature ; à la Chapelle aux Hirondelles ; au lac ; aux masures et aux débris du séminaire de Mgr de Laval ; aux ruines, souvenir de Champlain, que l'histoire nous représente allant faire du foin à Saint-Joachim, dans les prairies naturelles qu'arrose le Marsolet

N'oublions pas non plus d'aller après le souper faire un tour de canot sur l'étang de la Petite Ferme, et revenons en faisant répéter au Petit Cap les hilarantes expressions de notre joie. Puis, de retour au Château Belle-Vue, assis en cercle à la porte, conversons, faisons quelques jeux, chantons... quelles charmantes veillées ! surtout quand il y avait bal chez Boulé !
«...de retour au Château Belle-Vue, assis en cercle à la porte, conversons, faisons quelques jeux,
chantons... quelles charmantes veillées ! surtout quand il y avait bal chez Boulé !» (Source
de la photo du haut, vers 1910 : Archives de Montréal ; photo du bas, 2016 : Renée Taraso). 
Mais où êtes-vous donc, confrères aimés, amis sincères, visiteurs aimables avec qui j'ai passé de si beaux jours ? Il y a plus de vingt ans que les heureux jours dont je rappelle le souvenir sont passés, et on ne vous revoit plus, pour la plupart, dans ces lieux qu'un voyageur appelait jadis le Paradis Terrestre. Dispersés en tous lieux ou moissonnés par la mort, il ne nous sera jamais donné de nous revoir ensemble en ces lieux. L'inscription placée au-dessus de la porte du Château Belle-Vue du Petit Cap nous a bien souvent avertis de profiter d'un temps qui ne devait pas durer : "Eia age, nunc salta, non ita, musa, diu", nous disait-elle, et vous savez comme moi si elle a dit vrai ! 

Mais que fais-je encore une fois ? Et où m'entraîne mon imagination égarée ? Remontons sur la cime du cap. 

Déjà les nuages que l'on avait remarqués au nord s'étaient élevés et couvraient près de la moitié du firmament ; les éclairs redoublaient d'intensité et le tonnerre commençait à gronder avec force. Nous allions assister à une tempête sur le cap Tourmente : c'était une circonstance que nous n'aurions jamais cru pouvoir rencontrer. Oui, une tempête telle qu'il est rarement donné à l'homme d'en éprouver. Les préparatifs en sont imposants et grandioses, et notre admiration est quelque temps partagée entre le calme et la tempête. 

Devant nous, la lune continuant à nous prodiguer sa lumière, et au nord l'obscurité la plus épaisse, partagée en tous sens par la lumière vive et rapide des éclairs, semblaient vouloir se partager l'empire de cette nuit et formaient le plus grand contraste. 

Mais bientôt tout fut voilé et l'obscurité fut complète. Heu ! quinam tanti cinxerunt oethera nimbi ! s'écrie l'un de nous, et une crainte involontaire vint se mêler au plaisir que nous ressentions de voir cette scène imposante. C'est que le tonnerre roulait alors, terrible, au-dessus et autour de nous, et il nous semblait à chaque instant voir fendre le cap sur lequel nous étions. Le vent, devenu furieux, sifflait avec force à travers les arbres et les fentes des rochers ; les éclats de la foudre, sans cesse renouvelés et répétés par les échos des montagnes environnantes, se mutipliaient avec un fracas épouvantable. 

Enfin, la pluie commence à tomber et nous force à rentrer sous notre tente pour y passer la nuit, et quelle nuit s'il fallait par malheur que l'eau parvînt à traverser notre couverture ! Mais non, malgré la pluie torrentielle qui ne cessa de tomber tant que la nuit dura, nous fûmes préservés et nous pûmes dormir assez bien après avoir joué la partie de cartes. 

Mais pendant que nous nous livrions au sommeil, une autre scène se passait au Petit Cap. On s'apitoyait sur notre sort ; on savait que sans lumières il nous était impossible de descendre et on nous croyait imbibés de pluie : il fut donc décidé d'envoyer à notre secours. Alors deux graves fermiers sont expédiés avec des torches à la main. À ceux restés au Château Belle-Vue, il leur semblait voir des feux-follets monter sur le cap Tourmente. 

Arrivés sur la Cime, les deux libérateurs nous appellent de toute la force de nos poumons, mais leurs cris se perdent dans le bruit du vent, de la pluie et du tonnerre. Notre doyen, cependant, crut entendre des voix et vit des lumières. Voilà, se dit-il en lui-même, des hibous qui crient comme des hommes, et il prit pour des éclairs les flambeaux qu'il aperçut à travers les branches. Tout en finit par là et les deux espions descendirent comme ils étaient montés. Pour nous, nous achevâmes de dormir le reste de la nuit, et le matin arrivé, nous plions notre tente, toujours sous les coups de la pluie averse, et nous descendons précipitamment, avec des pensées et des impressions bien différentes de celles que nous avions la veille. 

La pluie continuait à tomber par torrent lorsque nous montâmes dans les charrettes qui nous attendaient au bas des falaises pour nous transporter au Petit Cap, où l'on nous attendait avec une grosse provision de bons mots à notre adresse : Le soleil était-il beau à son lever ?..... Paraît-il aussi gros sur la cime du cap qu'ici ?..... 

Que faire ?..... Accepter de la meilleure grâce possible notre joyeuse réception était ce que nous avions de mieux à faire. Ils ont bien ri et rient peut-être encore : réunissons-nous à eux, lecteurs, et rions tous ensemble». 

Récit tiré de : Abbé Trudelle, Trois souvenirs, Québec, Imprimerie de Léger Brousseau, 1878, p. 155-172. Pour le livre en format PDF et gratuit, cliquez ICI
(Source de la photo de l'abbé Trudelle : 
Répertoire du Patrimoine culturel du Québec ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

dimanche 16 avril 2017

Les glissements de terrain au Québec, tels que vus en 1889


Glissement de terrain à Saint-Luc-de-Vincennes, survenu le 9 novembre 2016.
(Photo : L'Hebdo du Saint-Maurice)

Comme le montrent les médias en ce début de printemps 2017, un nouveau glissement de terrain vient de survenir à Saint-Luc-de-Vincennes, en Mauricie. On peut mesurer l'ampleur des dégâts sur la vidéo de Météo-Média que l'on peut consulter ICI

En novembre dernier, Saint-Luc-de-Vincennes était frappé d'un autre glissement de terrain, dont l'ampleur était semblable à celui qui vient de sévir, tel qu'on peut le constater ICI

Il semble que ce secteur de la Mauricie soit fortement sujet à ce genre de cataclysme, et ce, depuis longtemps déjà. C'est du moins ce qu'on constate à la lecture de l'article de l'historien trifluvien Éric Veillette paru en novembre 2016 sur le site Historiquement logique, de même que dans Entre nous, un recueil, paru en 1889, de chroniques dans lequel le journaliste Léon Ledieu (1845-1907) décrit quelques glissements de terrain ayant à l'époque frappé Saint-Luc-de-Vincennes et d'autres localités du Québec. 

Ces Glanures ont retranscrit cette chronique que l'on peut parcourir ci-dessous. On appréciera la plume élégante et captivante de Léon Ledieu, qui profite de l'occasion pour enrichir les connaissances historiques et scientifiques de ses lecteurs, un trait que l'on trouve plutôt rarement chez les journalistes de notre époque, dont le blablatage aussi répétitif qu'insipide, particulièrement lorsque surviennent des cataclysmes naturels, se révèle vite d'un ennui aussi mortel qu'abêtissant. Tout un contraste, donc, entre les platitudes ineptes de la caste journalistique que nous avons le malheur d'avoir pour contemporaine, et la vicacité de l'esprit et l'élégance du style d'un Léon Ledieu, de même que le désir d'éclairer ses concitoyens et de stimuler leur curiosité intellectuelle qui, d'évidence, animait ce journaliste remarquable. 

Sur Léon Ledieu, on peut souligner le fait qu'il a été un journaliste très apprécié du public lecteur et de ses collègues, tel que l'attestent les quelques éléments de son parcours que l'on peut découvrir dans les notices publiées au moment de son décès et qui sont reproduites tout au bas de la présente Glanure. On peut notamment y lire un mot touchant de la première femme journaliste québécoise et intellectuelle d'envergure, Robertine Barry (alias Françoise), qui, d'évidence, tenait Léon Ledieu en haute estime.

Dans le tome quatrième (p. 273-274) de la véritable mine d'or — et secret bien gardé  sur l'histoire des idées au Québec qu'est l'ouvrage collectif La vie littéraire au Québec, on peut lire ceci sur Léon Ledieu :

«
Français d'origine, [Ledieu], écrit une chronique hebdomadaire pour Le Monde illustré pendant une quinzaine d'années (1884-1898). [Ledieu] collabore aussi à quelques autres périodiques (Le Monde, La Presse, La Gazette médicale de Montréal, etc.). 

Dans le regard que pose Ledieu sur la société canadienne se mélangent un reste d'attachement à la mère patrie, une affection réelle pour sa terre d'adoption et plusieurs traces de l'éducation qu'il a reçue en France. «Entre nous», c'est la chronique qui mélange les genres (conte, récit de voyage, dialogue) et dont le prétexte varie à l'intérieur d'un espace thématique limité : comptes rendus de livres, résumés de conférences, reportages, pièces de circonstance, commentaires de faits divers. Pour le lectorat du Monde illustré, journal populaire et bon marché, Léon Ledieu est l'intelligence encyclopédique de service et le raisonnement philosophique à la portée de tous. Pour ce faire, il 
[...] rapporte les propos des journaux, montre la relativité des choses par des mises en contexte et des prises de recul».  

Une rue commémore Léon Ledieu dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville, à Montréal. 

Léon Ledieu (1845-1907), journaliste
(Source : Archives de Montréal)

Éboulements

par Léon Ledieu


«Il vient de se passer, il y a de cela huit jours, un singulier événement dans une paroisse riveraine du Saint-Laurent, et bien que quelques journaux l'aient rapporté en style télégraphique, il est peu de personnes, sans doute, qui y aient attaché une grande importance. 

Le fait n'est cependant pas ordinaire, et je sais quelqu'un qui ne l'oubliera pas de longtemps. Ce quelqu'un, c'est M. Savignac, cultivateur de Berthier

Ce jour-là, les rayons du soleil de janvier étaient plus chauds que ne semblaient le permettre la saison et les prophéties des faiseurs d'almanachs ; la bise était endormie, les silhouettes des grands arbres maigres étaient immobiles et le morne silence de la plaine blanche n'était brisé parfois que par le cri des moineaux tout en joie de ne pas sentir les piqûres des vents du nord. La terre dormait sous son manteau de neige et le cultivateur songeait, au coin du feu, aux semailles prochaines qui devaient, Dieu aidant, produire de belles et riches moissons, quand un bruit étrange frappa son oreille. 

Étonné, les yeux agrandis et le regard fixe, il se lève, il écoute... Quel est ce bruit ? On dirait un bruit de voiture lourdement chargée qui roule en heurtant les cailloux du chemin ! Mais la terre est couverte et les traîneaux seuls glissent sur les routes en cette saison... Les murs frémissent ! Que se passe-t-il donc ? Le sol vibre, tressaille et palpite ! 

Il se précipite vers la porte et, en l'ouvrant, il est prêt de défaillir en voyant la scène de désolation qui se déroule devant lui : comme un radeau poussé par le vent et les flots sur le grand fleuve, les arbres, les champs et les granges passent devant lui comme dans un rêve. Il est bien éveillé cependant, et ce qu'il voit existe. 

Cette terre qu'il a labourée, hersée, retournée, fouillée tant de fois ; cette terre, son bien, sa chose, inerte et fixe ; cette terre qu'il possède et que nul ne peut lui enlever ; cette terre bouge, s'affaisse, glisse, s'en va, s'abîme dans le fleuve et disparaît. 

Les granges, les écuries et les étables, emportées dans le mouvement, se disloquent et s'effondrent. Les chevaux ? Disparus. Les grands boeufs ? Écrasés. Les moutons ? Morts. À la place de la rive féconde... un trou !

Tout est parti, et une énorme cavité, profonde de trente pieds et large de six arpents, s'est creusée tout à coup. Partout la ruine ! 

À quelque distance de là une crevasse, large de six pouces, s'est formée et de nouveaux désastres sont à craindre.

Et quelques instants ont suffi pour produire toutes ces ruines ! 


Ce n'est cependant pas la première fois que pareil fait se présente, et comme je parlais hier à M. Saint-Cyr, conservateur du musée de l'Instruction publique, du bouleversement qui vient d'avoir lieu à Berthier, cet excellent homme doublé d'un savant me rappelait d'autres événements du même genre. 

Vers 1877 ou 1878, je ne puis préciser au juste, à Saint-Luc, dans le comté de Champlain, un affaissement subit se produisit sur une étendue de terrain de seize arpents de longueur sur autant de largeur, soit donc un déplacement sur une superficie de deux cent cinquante arpents. Le niveau du sol baissa en certains endroits de quinze à vingt pieds, et on constata ailleurs la production non moins rapide de mamelons de vingt-cinq à trente pieds de hauteur. 

Une maison fut emportée et toute une famille fut ensevelie sous les décombres au moment où l'on se mettait à table. Grâce aux secours intelligents que l'on porta aussitôt aux malheureuses victimes de ce phénomène, il n'y eut pas d'accidents très graves à déplorer. 

En cette occasion, le déplacement du sol produisit, dit-on, un bruit semblable à un violent coup de tonnerre qui fut entendu à plusieurs milles de distance. 

En 1880, un effondrement considérable eut lieu à Sainte-Geneviève-de Batiscan, sur les bords de la Rivière-à-Veillette, sur une largeur de près d'un mille ; des collines de cent pieds de hauteur s'affaissèrent et cette fois l'accident eut un caractère des plus graves. Un moulin fut enlevé et c'est sous ses débris que le meunier trouva la mort ainsi qu'un cultivateur de Saint-Prosper, qui se trouvait là par hasard, M. Cloutier, père du chanoine de ce nom. (Note des Glanures : le chanoine François-Xavier Cloutier devint par la suite évêque de Trois-Rivières de 1899 à 1934). 

En remontant plus haut on se rappelle qu'il y a une trentaine d'années, à Bon-Désir, dans le bas du Saguenay, un déplacement considérable du sol eut lieu également. Une famille établie à cet endroit s'aperçut tout à coup que la maison qu'elle occupait bougeait et était entraînée avec le terrain, mais les habitants en furent quittes pour la peur, car le mouvement s'arrêta bientôt sans causer trop de dégâts. Il était temps, du reste, car le fleuve n'était pas loin. 

À Nicolet, toute une famille a péri il y a quelques années dans une catastrophe de ce genre. Le terrain déplacé, parti de la rive nord, traversa la rivière et alla détruire une maison située sur la rive ouest. 

Je pourrais citer vingt exemples. Ces mouvements du sol, qui ont, par leurs effets, tant de rapports avec les tremblements de terre, sont bien faits pour inspirer de graves et saines pensées. Arnold Boscowitz, qui a décrit de main de maître les principales révolutions du globe, s'exprime ainsi : 

"Subitement, le drame a commencé ; en quelques secondes, il s'est déroulé ; et quelques secondes ont suffi pour couvrir de ruines la contrée. C'est là un spectacle à nul autre incomparable. Grand, lugubre, foudroyant, il émeut, il épouvante l'âme humaine.

Mais ce n'est pas seulement par le spectacle terrifiant auquel il fait assister que le tremblement de terre produit en nous une profonde et ineffaçable impression ; il nous surprend, il nous émeut et nous trouble ainsi parce que, brusquement, il nous laisse entrevoir la terre sous un aspect nouveau et saisissant. On la croyait rigide, passsive ; et voici le terrible phénomène qui la montre comme un astre agissant et formidable, dont le moindre frissonnement, en se prolongeant, suffirait pour anéantir toute la ruche humaine qui bourdonne à sa surface. Et cette universelle catastrophe, le sens intime nous dit qu'elle surviendrait fatalement et sur l'heure, si une loi suprême ne tenait en équilibre, si une sagesse souveraine ne modérait les énergies dont on vient d'éprouver la redoutable puissance."

Affaissements du sol, tremblements de terre et déplacements de terrain, tous ces phénomènes rentrent dans la même catégorie et sont dûs probablement à des causes semblables. 

L'éboulement qui a eu lieu à Berthier est attribué à l'effondrement d'une croûte de terrain (croûte dont l'épaisseur est très vieille, paraît-il), dans une cavité qui se serait formée à la longue. 

Boussingault, Virlet, Otto Volger et plusieurs autres savants, considèrent, en effet, comme la cause principale des tremblements de terre l'affaissement ou la rupture des cavernes souterraines par suite de la pression des masses qu'elles supportent. Boussingault et Darwin, qui ont si bien étudié l'Amérique du Sud, ayant constaté que, dans cette région hérissée de montagnes de feu, la plupart des grandes secousses se produisent sans éruptions volcaniques, ont émis l'opinion que dans l'intérieur du massif des Cordillières, il y a des cavités profondes, dont les parois éclatent sous le poids qui les surcharge. Ces éboulements souterrains détermineraient les secousses auxquelles semble éternellement soumise toute cette vaste région, où le voyageur est constamment sollicité à rechercher les causes des grands phénomènes souterrains, dont il voit partout autour de lui les prodigieux effets.

L'eau des sources, par son action érosive, finit par séparer, à de grandes distances, les couches friables ou faciles à dissoudre, et par former des cavités qui peuvent acquérir des proportions considérables. 
M. Saint-Cyr est parfaitement de cette opinion. 

On remarque que le terrain où se produisent généralement en Canada ces déplacements, éboulements ou effondrements, est formé de couches de terre glaise et de sable superposées, la terre glaise ayant, en certains endroits, une épaisseur de six à douze pouces, et le sable environ un à deux pouces. 

On conçoit parfaitement que les eaux pluviables, en pénétrant par les crevasses de la terre glaise, glissent dans les couches de sable qu'elles entraînent peu à peu, et qu'il se forme ainsi un vide très minime, pris isolément, mais qui acquiert une grande importance quand ces couches de sable atteignent un nombre sérieux, de plusieurs centaines parfois. 

Il arrive dès lors un moment où les couches d'argile ou de terre glaise, se trouvant sans appui intérieur, s'effondrent ensemble et où la configuration du terrain change complètement, une colline devient vallée, etc. 

Quelquefois, quand le terrain se trouve en pente et que les couches de terre glaise s'effondrent, celles-ci, trouvant sur la dernière couche de même nature une surface humide et ne permettant pas d'adhérence solide, glissent et se trouvent entraînées dans un mouvement de translation, comme cela a eu lieu à Berthier, à Sainte-Geneviève de Batiscan, à Nicolet, etc. 

Une tradition nous dit que vers l'année 1663, un éboulement considérable eut lieu en pleine forêt à quelque distance de Trois-Rivières. La terre s'affaissa tout à coup sur une largeur de près d'une lieue, à près de cent pieds de profondeur, le cours du Saint-Maurice fut détourné, et une autre rivière se fit un lit et créa les fameuses chutes de Shaweenigan, l'un des plus beaux sites du monde. (Note des Glanures : voyez ICI pour une étude en profondeur du cataclysme de 1663). 

Ferland en parle dans son histoire du Canada : 

"Des Sauvages et des Français, dit-il, rapportèrent que dans le Saint-Maurice, à cinq ou six lieues de Trois-Rivières, des côteaux fort escarpés furent aplanis, ayant été enlevés de dessus leurs bases et, pour ainsi dire, déracinés, jusqu'au niveau de l'eau. Ainsi renversés dans la rivière avec des massifs d'arbres, ils formèrent une puissante digue ; les eaux arrêtées s'élevèrent, se répandirent sur les rivages, minèrent les terres éboulées et les entraînèrent en si grande abondance vers le Saint-Laurent, que sa couleur en fut entièrement changée pendant plus de trois mois. Le sol léger et sablonneux du pays qui avoisine le Saint-Maurice et le Batiscan, cédant facilement à l'action des eaux, du dégel et des secousses, bien des changements s'opérèrent sur leurs rivages. Des nouveaux lacs se formèrent, des côteaux s'affaissèrent, des sauts furent aplanis, de petites rivières disparurent, de grandes forêts furent renversées."

L'homme devient parfois aussi une des causes inconscientes de ces révolutions partielles du sol. Le déboisement est, en effet, une des actions de la résultante qui produit des éboulements ; car, en détruisant les arbres, on fait disparaître les racines qui constituent les liens qui unissent entre elles les différentes couches de terrain. 

La rivière Sainte-Anne, dans le comté de Champlain, autrefois étroite, profonde et poissonneuse, a complètement changé d'aspect. À mesure qu'ils se sont établis sur ses rives, les colons ont détruit les saules, puis les pins, les ormes, les hêtres, etc., et le sol, privé des rameaux souterrains qui retenaient ses différentes parties, s'est effondré peu à peu, et si bien que, de nos jours, la rivière est large, peu profonde et semée de bancs de sable. 

Je ne sais si je me fais bien comprendre, mais je n'ai pas la prétention ici de faire un cours de géologie, je désire simplement attirer l'attention de mes lecteurs sur ces faits et leur donner le goût de les étudier. 

Tout se meut dans l'univers, les mondes gravitent dans l'espace et la surface de la terre s'abaisse et se soulève comme une immense poitrine qu'animerait le souffle d'une puissante et régulière respiration. 

Les phénomènes atmosphériques ne sont pas moins grandioses et terribles ; les ondulations de l'air produisent d'effroyables catastrophes, et la gigantesque vague aérienne qui vient de passer sur notre continent le prouve bien. Le pont suspendu du Niagara a été emporté, de grands établissements industriels ont été détruits, nombre de maisons se sont écroulées, en plusieurs endroits les rivières ont grossi à tel point que leur niveau s'est élevé de vingt-cinq pieds. Les pertes de vie sont nombreuses et les dégâts sont immenses. 

Il est assez curieux de constater que cette tempête ait été précédée d'une éruption du Vésuve, et ce fait tendrait, une fois de plus, à militer en faveur des savants qui soutiennent que chaque éruption de volcan est précédée ou suivie immédiatement d'une perturbation atmosphérique dont les effets se font ressentir à des distances énormes. 

Il y a encore matière à étude.»

Tiré de : Léon Ledieu, Entre nous, Québec, Imprimerie d'Elz. Vincent, 1889, p. 213-223. 
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique parue dans Le Journal de Françoise, 4 mai 1907.
(Source : BANQ

L'Avenir du Nord, 27 avril 1907.
(Source : BANQ)

Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 20 avril 1907.
(Source : BANQ)