dimanche 6 septembre 2015

Louis-Philippe Turcotte, ou le courage fait historien


La trop courte vie de Louis-Philippe Turcotte fait partie de ces existences qui devraient nous inspirer le plus aujourd'hui, d'abord et très certainement dans nos vies individuelles. Mais aussi dans notre vie nationale, car Turcotte a quelque chose d'un modèle à suivre collectivement, même si ce type de personnage nous est, malheureusement, devenu bien trop peu commun.

C'est l'histoire en somme d'un jeune homme dont le courage moral lui aura fait transformer en vocation d'historien le sort cruel qui l'a frappé, de même que les constantes souffrances qui s'ensuivirent. Et cela, c'est parce que Turcotte était animé par le désir de se rendre malgré tout utile à ses compatriotes. 

Lorsque le malheur l'a frappé, Turcotte ne s'est donc pas apitoyé sur son sort, il n'en a pas non plus voulu à l'univers entier et il n'a pas demandé à la société de le prendre en charge. Pourtant, il ne s'est pas du tout résigné. Bien au contraire, il s'est efforcé de tirer le maximum de la situation pénible où il se trouvait, pour en faire don à ses concitoyens. Pour ce faire il a choisi d'embrasser le métier d'historien, que lui permettait sa difficile condition physique, et de se dédier au service d'une société culturelle et scientifique, l'Institut canadien de Québec, qui existe encore de nos jours. 

À notre époque donc où les notions de sacrifice et de don de soi  ̶  qui plus est quand c'est pour la patrie  ̶  suscitent les sourires dédaigneux des bien-pensants aussi insipides que niais qui monopolisent le haut du pavé de notre scène médiatique et intellectuelle, Louis-Philippe Turcotte incarne la volonté d'indépendance et le désir de contribuer, au meilleur de ses capacités, à l'avancement de ses compatriotes. 

En 1998, dans la superbe revue d'histoire Cap-aux-Diamants, Jean-Marie Lebel esquissait cet émouvant portrait de Turcotte, qui permet de prendre la mesure du courage de ce personnage hors du commun qui était pourtant l'un des nôtres : 

«[...] La vie de Turcotte en fut une de courage et de douleurs. Un tragique accident lui rendit l'existence très pénible, mais ne réduisit en rien son attachement et son dévouement à l'égard de son cher Institut Canadien. 

Originaire de Saint-Jean de l'île d'Orléans où il naquit en 1842, Louis-Philippe étudia au petit séminaire, puis devint, en 1858, commis chez son frère Nazaire, marchand à Québec. Le 31 décembre 1859, Louis-Philippe, alors âgé de 17 ans, quittait Québec avec deux camarades pour l'île d'Orléans afin d'y passer le jour de l'An avec leurs parents. 

La glace du fleuve n'étant pas assez solide pour porter les chevaux, ils résolurent de traverser à pied. Mal leur en prit. Arrivant aux abords du bout de l'île, à Sainte-Pétronille, la glace se brisa sous le poids de Turcotte qui s'enfonça dans les eaux froides jusqu'aux bras. Dans ses habits glacés, par un froid intense, il fut amené à l'hôtel Trudel. Sa santé en fut brisée. Il fut cloué au lit et confiné à la maison durant six ans.

À partir de 1866, il put se déplacer à l'aide de béquilles, puis marcher avec une canne. L'histoire devint sa passion. Il s'intéressa à l'histoire de sa famille, puis de sa paroisse et de son île. Il publia six ouvrages, dont sa populaire Histoire de l'île d'Orléans en 1867. 

En 1872, [le premier ministre du Québec] Pierre-Joseph-Olivier Chauveau le fit nommer aide-bibliothécaire à la Bibliothèque de la Législature. «Les recherches et les livres faisaient pour ainsi dire oublier son mal à Turcotte», écrivit Faucher de Saint-Maurice. Durant de nombreuses années, il consacra ses loisirs à l'Institut Canadien [de Québec]. Il en fut le bibliothécaire de 1874 à 1877, le vice-président en 1877, et enfin le président en 1878. Il réforma le système de circulation des livres et perfectionna la tenue des registres. Avec l'aide du curateur Victor Bélanger, il donna une nouvelle vie au Musée de l'Institut. 

Louis-Philippe Turcotte mourut le 3 avril 1878, à l'âge de 36 ans. Il succomba à une paralysie cérébrale en l'espace de quelques jours. Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Jean, le «cimetière sur le fleuve», où reposent deux autres bienfaiteurs de l'Institut Canadien, le Dr Hubert LaRue et Jean-Charles Bonenfant. En 1882, Honoré-Julien-Jean-Baptiste Chouinard reconnut que Turcotte méritait «le titre de restaurateur de notre Institut Canadien et de principal initiateur du mouvement de progrès que nous voyons aujourd'hui.» 

(MISE À JOUR 8 janvier 2017) : Ces Glanures viennent tout juste de découvrir, dans un exemplaire récemment acquis de l'Annuaire de 1878 de l'Institut canadien de Québec, cet inspirant portrait de Louis-Philippe Turcotte par son collègue Jules-Paul Tardivel. Nous croyons utile de sortir des boules à mites ce témoignage contemporain et d'en offrir cette retranscription à nos lecteurs et lectrices : 


NOTICE BIOGRAPHIQUE 
sur 

M. Louis-Philippe Turcotte


Le 31 décembre 1859, trois jeunes gens quittaient le quai du Palais pour se rendre à l'île d'Orléans, dans le dessein d'y passer les fêtes du jour de l'an. Comme la glace n'était prise que depuis la veille, ils faisaient le trajet à pied. 

Ils arrivent sans accident aux abords du Bout de l'île (Sainte-Pétronille) ; les «battures» sont dans un état dangereux. L'un des voyageurs s'avance, sans précaution ; tout à coup, il sent la glace plier, se briser sous ses pas ; il s'enfonce jusqu'aux bras. Effrayé par cet accident, l'un de ses compagnons reprend aussitôt le chemin de la ville, sans penser à son infortuné compagnon. Le troisième, plus humain, ou possédant du moins plus de sang froid, s'empresse de porter secours à son ami, et parvient, quoique avec beaucoup de difficulté, à le retirer de l'eau. 

Glacé jusqu'au coeur, transi dans tous ses membres, le jeune homme, victime de son imprudence, peut, à l'aide de son compagnon, se traîner jusqu'à l'hôtel Trudel, où il change de vêtements. Dans l'après-midi du même jour, sans attendre que ses habits soient entièrement séchés, il se rend en voiture, par un froid intense, à Saint-Jean, sa paroisse natale.

Cet accident eut des suites déplorables pour sa santé. De vigoureux qu'il était, il devint valétudinaire, et au bout d'une année, la maladie s'aggravant toujours, il fut cloué sur un lit de douleur. 

Quelque pénible qu'il fût, le malheur que nous venons de raconter devait être d'un grand avantage pour le pays, car le jeune malade, pressé par un besoin d'activité pour occuper utilement les longues heures d'ennui, allait doter notre histoire d'un de ses plus beaux monuments. 

M. Louis-Philippe Turcotte, car c'est de lui qu'il s'agit, naquit à Saint-Jean de l'île, le 11 juillet 1842, du mariage de [Jean-Baptiste Turcotte], agriculteur, et de Marie Josephte Fortier. Après avoir reçu, dans sa paroisse, une éducation élémentaire et même appris des rudiments de latin, il entra au séminaire de Québec, en 1855, comme élève de sixième. Il continua son cours classique jusqu'en 1858, et se fit remarquer par son amour du travail. Dans l'automne de 1858, entraîné par l'exemple de ses frères aînés, presque tous engagés dans le commerce, il quitta le collège et devint commis chez son frère, M. Nazaire Turcotte, alors marchand [dans le quartier] Saint-Roch. 

Il occupait encore cette position à la fin de 1859, lorsque l'accident que nous avons relaté lui arriva. Quoique souffrant, il revint chez son frère Nazaire, au commencement de 1860, et y demeura quelques temps ; puis il passa trois ou quatre mois chez son frère Hubert, marchand de farine. Cependant, sa santé s'affaiblissant de jour en jour, il dut enfin renoncer au travail manuel et retourner dans sa famille. 

Le récit des six années qui suivirent son retour à Saint-Jean est navrant ; nous l'avons lu dans les mémoires qu'il a laissés. Ses douleurs étaient tellement atroces qu'il ne pouvait trouver ni repos, ni sommeil. À partir de 1866, l'état de sa santé s'améliora graduellement ; d'abord, il put marcher avec deux béquilles, puis avec une canne, mais il resta infirme jusqu'à la fin de sa vie. 

Malgré ses douleurs continuelles, il était dévoré par une soif insatiable d'activité. Il raconte lui-même que plutôt que de ne rien faire, il pelotonnait de la laine. Plus tard, il trouvait une occupation plus agréable dans la recherche des origines de sa famille. Il se mit à compulser les vieux registres de sa paroisse, puis ceux des autres paroisses de l'île et, agrandissant le cadre de son travail, il composa une intéressante et fidèle histoire de l'île d'Orléans, qui parut en 1867. 

M. Turcotte avait trouvé sa véritable vocation ; il était devenu historien. Son histoire de l'île d'Orléans ayant été bien reçue du public, il entreprit presque aussitôt d'écrire l'histoire du Canada sous l'Union, dont le premier volume parut en 1871 et le deuxième l'année suivante. 

Comment ce jeune homme, faible, maladif, inconnu, pour ainsi dire, du monde lettré, sans ressources et sans guide, a-t-il pu recueillir tant de documents divers, réunir tant de faits historiques, connaître tant d'événements politiques ? Ceux qui l'ont connu et qui ont admiré son énergie indomptable et sa grande persévérance peuvent seuls s'en rendre compte. Lorsqu'il s'agissait de découvrir la vérité, d'éclaircir un point obscur, rien ne pouvait le rebuter, ni les recherches, ni les veilles, ni les travaux les plus ardus.

Il travaillait avec une méthode admirable. Il prenait constamment des notes. En composant un ouvrage, il ramassait des matériaux qui devaient servir à d'autres oeuvres. Lorsque la mort est venue le frapper, il avait en voie de préparation plusieurs publications intéressantes. Parmi ces travaux inachevés se trouvent une étude sur les bibliothèques du Canada depuis la fondation de la colonie ; un manuel de droit constitutionnel anglais ; une collection de documents publics inédits et très précieux au point de vue de l'histoire. Son travail sur les bibliothèques est tellement avancé qu'il mériterait d'être publié. 

À part les deux histoires que nous venons de mentionner, M. Turcotte a publié plusieurs notices biographiques, entre autres celles de Sir Georges Cartier et de l'honorable M. R. E. Caron. 

Nommé assistant bibliothécaire en décembre 1872, M. Turcotte apporta dans l'accomplissement de ses nouveaux devoirs la même assiduité, la même intelligence dont il avait fait preuve dans ses travaux littéraires. Il acquit en peu de temps des connaissances spéciales, qui firent de lui un précieux auxiliaire du bibliothécaire, M. Pamphile Le May

Comme historien, le mérite de M. Turcotte est universellement reconnu. Son Canada sous l'Union fait aujourd'hui autorité partout ; on le cite dans la presse, à la tribune. Les différents partis politiques ont accueilli ce livre avec faveur et tous sont d'accord pour en louer la véracité, l'exactitude et l'impartialité. Il n'y a que dans l'appréciation des événements que l'ont ait pu différer d'opinion avec l'auteur. Exempt des préjugés de parti, aimant la vérité par-dessus tout, M. Turcotte a exposé les faits tels qu'ils se sont passés, sans les altérer en rien, sans rien omettre. 

La modestie de M. Turcotte l'avait empêché de viser à la gloire purement littéraire ; il avouait volontiers qu'il n'était pas habile à faire de belles périodes, à orner son style des fleurs du langage. Il était historien et non littérateur. Écrivain peu brillant, sa phrase est rarement élégante et manque parfois de correction. Il ne composa pas, comme font ceux qui cultivent la littérature légère, des ouvrages dont la forme emporte le fond, et s'il avait dû compter sur les agréments de son style pour conquérir les faveurs du public, il eût certainement échoué.

Mais, écrivain sérieux, travailleur, infatigable, il possédait presque toutes les qualités nécessaires dans le genre qu'il avait adopté, car c'est la vérité qu'on exige de l'historien plutôt que les figures de rhétorique. Il est clair, méthodique, concis, sobre ; ses plans sont parfaitement ordonnés ; en un mot, ses livres, conformes aux règles les plus importantes des belles-lettres, plaisent au lecteur. Son Histoire du Canada sous l'Union est dans toutes les bibliothèques et c'est l'un des ouvrages canadiens les plus utiles et les plus justement estimés. 

Au reste, comme nous l'avons déjà dit, M. Turcotte reconnaissait sa faiblesse et travaillait sans cesse à acquérir les qualités qui lui manquaient. Aussi dans ses derniers écrits, sur l'Invasion de 1775 par exemple, remarque-t-on un très sensible progrès.  

Mais nous avons très hâte de parler des rapports de M. Turcotte avec notre Institut. Admis membre actif le 29 november 1873, il était appelé, l'année suivante, au poste de bibliothécaire, charge qu'il remplit jusqu'en 1877, lorsqu'il fut élu vice-président. Les services qu'il a rendus à notre institution durant les quatre ou cinq dernières années de sa vie sont connus de tous nos membres. 

Dès son entrée dans le bureau de direction, M. Turcotte s'identifia, en quelque sorte, avec l'Institut. Mettre l'ordre dans la bibliothèque et l'augmenter d'ouvrages nouveaux, réformer le système de la circulation des livres, perfectionner la tenue des registres, fonder un musée de numismatique et d'antiquités, voilà quelques-uns de ses travaux. Le 3 décembre 1874, il donnait une conférence sur les origines de l'Institut, à l'occasion du vingt-huitième anniversaire de la fondation de notre société. Cette séance inspira au bureau de direction l'idée d'inaugurer, chaque année, une série de conférences. Depuis cette date, le public a pu assister régulièrement, tous les hivers, à des entretiens donnés souvent par nos littérateurs les plus distingués. 

M. Turcotte sut rallier à la cause de l'Institut plusieurs hommes d'influence et de moyens, et grâce à leur concours, il obtint du gouvernement un octroi annuel, ce qui permit la publication de notre annuaire. M. Turcotte était littéralement l'éditeur de ce recueil, et, jusqu'à un certain point, il en était l'auteur, corrigeant les épreuves et surveillant l'impression avec autant de soin que s'il se fût agi d'un de ses propres ouvrages. 

Il prit l'initiative de la grande démonstration du 31 décembre 1875, pour célébrer le centenaire de l'assaut de Québec par Montgomery. Nommé délégué de l'Institut canadien de Québec à la convention littéraire tenue à Ottawa en 1877, il eut une large part du mérite de cette réunion. À cette occasion il composa un travail plein de recherches sur les archives du Canada. 

Non content d'avoir été l'âme de l'Institut pendant quatre ans, d'avoir inauguré des réformes considérables et fait entrer notre institution dans une ère nouvelle, il avait formé un projet hardi, celui de nous doter d'un édifice convenable. Il organisa à cette fin une souscription qu'il poussait avec son énergie ordinaire, et la mort l'a surpris au milieu d'une propagande active en faveur de son projet qu'il regardait comme une véritable oeuvre nationale. 

M. Turcotte s'était entouré d'un cercle d'amis dévoués, comme lui, aux intérêts de l'Institut, et c'est chez lui qu'ils se réunissaient, deux ou trois fois la semaine, pour parler d'affaires, arrêter des projets, tailler de la besogne, tout en passant une agréable soirée. C'est là le secret, il nous semble, des succès remarquables qui couronnèrent les efforts de M. Turcotte et de ceux qui l'aidaient. S'il nous était permis de donner ici un conseil, nous dirions aux membres les plus zélés de l'Institut : continuez à vous réunir de temps à autre comme vous faisiez du temps de M. Turcotte ; c'est dans ces réunions intimes que les idées s'échangent, que les plans se mûrissent. 

Mais il faut terminer cette notice, bien qu'elle ne soit pas complète. 

Élu président de l'Institut, en février 1878, on peut dire à l'unanimité des voix, M. Turcotte se promettait de redoubler d'efforts pour faire prospérer cette institution qui lui était si chère, lorsqu'une cruelle maladie, une paralysie du cerveau, l'a conduit au tombeau dans l'espace de quelques jours. Il s'éteignit le soit du 3 avril, entouré de ses parents et muni de tous les secours de la religion. 

Sa mort laisse un grand vide dans nos rangs. Ami sincère et dévoué, homme intègre, travailleur infatigable, sa famille perd en lui un fils et un frère affectueux, la société un membre utile, l'Institut canadien l'un de ses plus solides appuis.

Jules-Paul TARDIVEL
Annuaire de l'Institut canadien de Québec, 1878, p. 75-80. 

Jules-Paul Tardivel (1851-1905)
Journaliste et écrivain
En somme, Louis-Philippe Turcotte reste pour nous, plus de 137 ans après sa mort, un modèle de courage et de résilience que le Québec tout entier gagnerait à connaître davantage, en particulier dans la jeune génération. Turcotte aurait en effet bien pu se laisser abattre, se laisser gagner par la déprime, s'apitoyer sur son sort et dépendre de la charité publique ou privée. Mais il a plutôt choisi de conjurer le sort en contribuant au progrès de son peuple, le nôtre.

Il est évident que Turcotte a bénéficié non pas de la pitié, mais de l'estime et de la reconnaissance de ceux qui l'ont côtoyé. À ce propos, il est important de rendre un hommage bien senti à Antoine Gérin-Lajoie, l'un de nos grands écrivains québécois du 19e siècle, car ce que Gérin-Lajoie a fait pour Turcotte est la preuve de l'exceptionnelle qualité morale de son caractère. 

En effet, la première oeuvre historique d'importance publiée par Louis-Philippe Turcotte est Le Canada sous l'Union, un colossal et méticuleusement détaillé ouvrage en deux tomes totalisant 845 pages, paru en 1871 et 1872, qui constitue la première histoire du régime de l'Union qui, en 1840, a été imposé au Bas-Canada, c'est-à-dire au Québec, afin de nous minoriser vis-à-vis l'élément anglais. 

Mais Gérin-Lajoie travaillait en même temps que Turcotte à un ouvrage sur le même thème, Dix ans au Canada 1840-1850, qui est considéré comme la deuxième plus importante oeuvre de cet écrivain de renom. Mais pour éviter de nuire à la vente du livre de Turcotte (surtout que, dans ces années-là, la rentabilité de ce genre de publication était loin d'aller de soi), Gérin-Lajoie a délibérément remisé sa propre oeuvre dans ses tiroirs, et ce n'est qu'en 1888, soit six ans après sa mort, qu'elle paraîtra sous les soins du prêtre-historien Henri-Raymond Casgrain

Il est quand même significatif que Louis-Philippe Turcotte ait su inspirer une telle générosité de coeur et d'esprit, comme on n'en voit pratiquement plus de nos jours (et surtout pas dans ce qui nous tient lieu d'intelligentsia), de la part de son collègue qui était l'une des plus grandes sommités littéraires de l'époque. 

J'ai visité la tombe de Louis-Philippe Turcotte, au cimetière de Saint-Jean de l'île d'Orléans. À ma plus grande satisfaction, j'ai pu constater que le monument est très bien conservé et que son entretien est encore assuré de nos jours, ce qui est assez peu commun, même pour les grands personnages de notre histoire dont les tombes sont souvent laissées dans un déplorable état. On voit d'ailleurs sur le monument de Turcotte une plaque relativement récente soulignant sa contribution à l'histoire de l'île d'Orléans. Si vous passez par là et voulez vous recueillir sur la tombe de ce modèle de courage et de dévouement à notre peuple, le monument, qui est de haute taille, se trouve sur la bordure gauche du cimetière, le long du mur d'enceinte. (Juste devant, à quelques pieds, se trouve la tombe d'Hubert La Rue, l'un de nos personnages les plus sympathiques du 19ème siècle).

On peut donc se souhaiter à nous-mêmes que la manière dont Louis-Philippe Turcotte aura choisi de mener sa vie puisse nous inspirer assez pour ne pas que nous nous laissions paralyser par la torpeur quand surgit l'épreuve ou le doute. Turcotte aura magnifiquement personnifié ce que signifie, au sens propre autant qu'au sens figuré, l'expression « Se tenir debout ». C'est là exactement le genre de modèle dont le Québec a besoin aujourd'hui de se remémorer, afin que notre peuple puisse, contre l'adversité, se projeter vers l'avenir tout en restant lui-même. 

Mais pour cela, il nous faudra du courage, tant individuellement que collectivement. À cet égard, si notre peuple a pu produire un Louis-Philippe Turcotte, c'est sans doute parce que nous en sommes encore capables nous aussi, particulièrement face aux défis et menaces qui pèsent sur nos libertés et sur notre existence même. 

Alors passons-nous le mot, et comportons-nous en conséquence. 

N.B. : Je conserve comme une relique précieuse une brochure publiée par Turcotte, dont le titre est Centenaire de l'assaut de Québec par les Américains, et qui comporte une dédicace manuscrite de l'auteur à l'historien Ernest Myrand, comme vous pouvez le voir ci-dessous (cliquez sur les images pour les agrandir): 


 

Et voici les pages couvertures de deux des plus importants ouvrages de Turcotte : 

 

Plaque apposée sur la stèle funéraire de Louis-Philippe Turcotte,
cimetière de Saint-Jean de l'Ile d'Orléans.
Photo : Daniel Laprès, septembre 2015.
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)