jeudi 30 juillet 2015

Louis Fréchette, un poète très peu «Calinours» ni politiquement correct


J'évoquais récemment et ici-même l'esprit débordant de verve du poète, conteur et militant politique anti-ultramontain Louis Fréchette, dont je savoure depuis longtemps déjà les oeuvres polémiques et satiriques tant cinglantes que lumineuses. 

Fan invétéré de Fréchette, j'ai la chance de posséder quelques livres dédicacés par Fréchette lui-même, en plus de quelques volumes qui ornaient sa bibliothèque, dont quelques-uns dédicacés à son intention par leurs auteurs, dont Honoré Beaugrand, Arthur Buies et Alphonse Gagnon. Je conserve aussi une lettre manuscrite de Fréchette à l'ancien bibliothécaire en chef du parlement d'Ottawa, Johh George Bourinot (Fréchette avait été député fédéral de 1874 à 1878). 

Fait partie de mon mini-musée Fréchette une petite brochure de 31 pages, dont le titre est Les renégats du 29 octobre. Fréchette y fait montre d'une foudroyante virulence qui, à notre époque formatée par la moumounerie à la sauce Passe-Partout ou Calinours, ferait pousser des cris d'effroi aux beaux esprits si délicats qui ont réussi à imposer à la sphère publique leur dévotion pour l'idéologie du politiquement correct. 

Sans aucun doute que s'il avait la témérité de publier une telle brochure à notre époque où le Québec est dirigé par un Philippe Couillard, le poète Fréchette se verrait passible de poursuite par l'orwellien et totalitaire tribunal d'exception trompeusement nommé Commission des droits de la personneet ce, pour avoir heurté la «sensibilité» des personnages qui lui tinrent lieu de cibles.  

C'est que les épithètes infamants y fusent abondamment, Fréchette faisant flèche de tout bois : «traître»; «vendu»; «insignifiant»; «Judas»; «sans coeur»; «sans honneur»; «maudit»; «flétri»; «petite canaille»; «nullité»; «petite crasse»; «ignoble»; «vulgaire déserteur»; «lâche»; «taré»; «corrompu»; «hypocrite»; «dégoûtante personnalité»; «triple fourbe»; etc. 

Et pour vous donner un aperçu des sentiments peu tendres ni doucereux de l'auteur - pour le cas où ces épithètes ne suffiraient pas à vous en convaincre -, voici quelques bribes de sa plus que cinglante conclusion :

«Qu'en dites-vous, lecteurs ? Est-ce assez sale ? Est-ce assez dégoûtant, toute cette histoire ? Quant à nous, il nous a fallu toute la conscience que nous avons de notre devoir de journaliste pour remuer toutes ces ordures, malgré le haut-le-coeur et les nausées que nous en éprouvions. 

Malheureusement, nous n'avons pas encore fini. Nous poursuivrons toujours les cinq traîtres du 29 octobre 1879, avec l'aiguillon du châtiment. Qu'ils soient écrasés sous le talon de la vengeance populaire, ou triomphants par l'intrigue ou l'abaissement des consciences, nous les dénoncerons, nous les traquerons, nous les criblerons des traits de la justice, jusqu'à ce qu'ils soient tous les cinq bien définitivement cloués au pilori de la vindicte publique, comme des hiboux déplumés. Point de pitié pour les traîtres, c'est maintenant la devise de notre parti». 

Mais qui étaient les cinq renégats ainsi durement vilipendés par Fréchette, et qu'est-ce qui leur avait donc valu d'être visés par un réquisitoire aussi violent que dévastateur ?  

Ils avaient pour noms Ernest Racicot, Edmund-James Flynn, Théodore Pâquet, Alexandre Chauveau et Louis-Napoléon Fortin. Députés du parti libéral, ils avaient voté avec la députation conservatrice pour renverser le gouvernement de leur propre parti, dirigé par Henry-Gustave Joly. Libéral très engagé à l'époque déjà lointaine où être un libéral au Québec ne signifiait pas sombrer dans le déshonneur, cette trahison avait profondément indigné Fréchette, d'où le texte qu'il écrivit d'une plume trempée dans le vitriol et qu'il publia dans les journaux rouges de l'époque, pour ensuite le faire imprimer sous forme de brochure afin de lui assurer une diffusion optimale, tel qu'on le faisait dans ce temps-là. 

De nos jours, de crainte de ne pas avoir l'air consensuel ou de passer pour un trouble-fête, on n'ose plus brandir publiquement, même quand ils sont amplement mérités, les qualificatifs de «traître», de «fourbe», d'«hypocrite» et autres épithètes auxquels Fréchette recourait abondamment dans ce texte. Quand on lit les polémiques et affrontements dans les journaux de son temps, on se rend compte que Fréchette était loin d'être le seul à s'adonner à une telle virulence, qui, souvent, était loin d'être gratuite ou injustifiée. 

Malheureusement, nous vivons à une époque où «tout le monde y est gentil, tout le monde y est fin», où toutes les opinions sont censées se valoir même les plus stupides, les plus nocives et les plus dégueulasses, à une époque aussi où on est censé tout respecter, même ce qui est méprisable. On est tenu de copiner avec les adversaires même quand ils se révèlent ignobles et perfides, et celui qui ose déroger à ces règles serviles et niaises a toutes les chances de passer pour un excessif, sinon un dérangé ou un monstre. Et surtout, surtout, il ne faut pas dire ce qu'on pense, ni penser ce qu'on dit. La dissimulation et les doubles-jeux tiennent lieu de normes morales et suscitent l'admiration et l'estime des sots, des veules et des suiveux. 

Telle est notre époque, donc. Il y en a plusieurs pour croire que, par rapport au temps de Fréchette, nous serions devenus plus civilisés. Je n'en crois rien. Nous avons surtout gagné en hypocrisie gluante, en flagornerie rampante et en platitudes niaises qui stérilisent la pensée et aseptisent notre culture tant individuelle que nationale. On ne dit plus ce qui est, mais ce qu'on s'imagine que les gens veulent que l'on dise. Je n'appelle pas ça un progrès. 

En tout cas, si ça vous intéresse, je vous mets la brochure au complet ici-bas, car j'ai constaté qu'elle n'avait pas encore été rendue disponible sur le web en format numérique. Vous verrez, ça ne fait pas une lecture ennuyante...

(N.B. : Sur la page couverture se trouve la signature de l'ancien propriétaire de mon exemplaire, Louis-Philippe Brodeur, qui a notamment été ministre de la Marine et des Pêcheries sous Wilfrid Laurier).

CLIQUER SUR LES IMAGES POUR AGRANDIR : 


















Sur Louis Fréchette, on lira avec beaucoup de plaisir ce livre de Jean-Claude Germain : 



On peut aussi trouver facilement et à prix économique, dans toute bonne librairie, ces oeuvres de Louis Fréchette :





lundi 13 juillet 2015

Un héros obscur de l'avancement du peuple québécois


Fouinant hier soir encore dans les passionnantes et très instructives Petites choses de notre histoire, cet ouvrage en 7 tomes de Pierre-Georges Roy, fondateur de nos Archives nationales pour qui le peuple québécois devrait exprimer une reconnaissance inépuisable - ce qui hélas est loin d'être le cas -, je suis tombé sur une brève présentation qui m'a beaucoup touché de Félix-Emmanuel Juneau, un personnage dont je n'avais jamais entendu parler. 

Félix-Emmanuel Juneau (cliquez sur son nom pour une biographie plus élaborée) était l'un de nos compatriotes qui ont fait le plus pour l'avancement de notre peuple, en se dédiant à l'éducation des Québécois de son temps, afin qu'ils puissent le mieux possible s'approprier les connaissances et la culture tant nationale qu'universelle. 

Le portrait qu'en fait Pierre-Georges Roy m'a touché, notamment par le fait, mis en évidence par Roy, que Juneau semblait avoir en horreur le narcissisme, les flatteries, la vantardise et la soif de gloriole qui, à n'en point douter, caractérisent ces pseudo intellectuels qui cherchent à masquer leur vacuité et leur insignifiance en agitant leurs faux brillants. L'inutilité de cette engeance vaniteuse qui s'avère aussi désagréable que les coquerelles n'est plus à démontrer, nos médias, tout comme les réseaux sociaux, en sont sursaturés. 

Il est donc bon, sinon réconfortant et certainement inspirant de savoir que nous, Québécois, avons bénéficié durant notre histoire de la contribution de héros anonymes qui ont dédié leur génie authentique au service de l'avancement et du mieux-être de notre peuple. Félix-Emmanuel Juneau était l'un de ceux-là, et son exemple, souhaitons-le ardemment, devrait être davantage imité. Le Québec en éprouve de nos jours un urgent, sinon cruel besoin. 

Ce qui m'a déterminé à vous présenter ce compatriote qui était porteur de vraie grandeur est le vibrant appel de Pierre-Georges Roy à raviver le souvenir de Félix-Emmanuel Juneau auprès des jeunes générations. Roy écrivait cela en 1946. Alors je me suis spontanément dit qu'il en va de mon devoir citoyen de faire la même chose, cette fois en 2015 et de ma modeste tribune. J'espère toutefois que vous serez nombreuses et nombreux à vouloir rendre hommage, en projetant sur lui un peu de lumière, à cet authentique pionnier de l'éducation de notre peuple, dont la contribution montre notamment la sotte fatuité de la thèse, très en vogue chez nos phraseux universitaires et nos papoteux médiatisés, qui prétend qu'avant la soi-disant «révolution tranquille» notre peuple n'aurait été plongé et maintenu que dans l'ignorance et les ténèbres. 

La vérité est que des Félix-Emmanuel Juneau, nous en avons eu beaucoup dans notre histoire, et nous avons tous les motifs d'en être fiers. Se souvenir des hommes et des femmes de bien qui ont fécondé le devenir de notre peuple est effectivement une manière de nous faire au moins un peu oublier l'insignifiance des ineptes papoteux qui nous tiennent lieu aujourd'hui de faiseurs d'opinions et le cynisme des bureaucrates et autres lologues insipides qui ont parasité et gangrené notre système public d'éducation au point d'en faire une vaste entreprise à la fois de décervelage et de dénationalisation. 

Donc, la parole est à Pierre-Georges Roy : 

L'inspecteur d'école Juneau

«Félix-Emmanuel Juneau n'occupa pas une haute situation dans la société. Il fut maître d'école presque toute sa vie, mais le nom de cet homme de mérite devrait au moins être connu des jeunes générations. 

Né à Québec le 27 mai 1816, il fit ses études classiques au séminaire de Québec et au collège de Sainte-Anne de la Pocatière. Puis, il ouvrit une toute petite école dans le faubourg Saint-Roch, à Québec. Il y enseigna pendant vingt ans avec un dévouement inlassable et un grand succès. Que de citoyens importants de Québec lui durent leurs succès ! 

En 1857, M. Juneau devenait professeur à l'École normale Laval puis, en 1859, inspecteur d'écoles, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort, le 17 février 1886. Il avait publié plusieurs manuels scolaires, entre autres Le calcul mental, les Leçons de choses, la Nouvelle méthode pour apprendre à bien lire, l'Alphabet en collaboration avec Napoléon Lacasse, etc., etc. Tous ces manuels furent approuvés par le Conseil de l'instruction publique et furent en usage pendant plusieurs années. 

Instituteur, M. Juneau savait parler aux enfants et c'est là le mérite de ses livres de classe. M. Juneau n'était pas un savant au sens du mot, mais il possédait la science de son métier et en fit profiter des milliers d'enfants. 

Humble, très humble, il fuyait les honneurs et les éloges le faisaient rougir. Que de bonnes oeuvres cet homme de bien a accomplies dans l'ombre, pour ainsi dire en cachette. [...] C'est à un homme comme M. Juneau qu'on pourrait appliquer l'expression : Il ne devrait pas mourir. Peu de générations ont fourni des hommes aussi utiles que cet humble maître d'école qui était à la fois un instituteur et un exemple pour ses contemporains». (1) 

Puis, dans un autre ouvrage du prolifique Pierre-Georges Roy, Fils de Québec (tome 4), on peut lire cet extrait de l'article publié dans le journal Le Courrier du Canada à l'occasion du décès de Félix-Emmanuel Juneau : 

«M. Juneau était véritablement un homme instruit, mais chez lui l'humilité l'emportait sur la science. Il fuyait les éloges et les honneurs, et voilà pourquoi il vécut toujours dans un état pour ainsi dire obscur, quoiqu'il fut connu et aimé de tout le monde. La vertu a beau se cacher, elle finit invariablement par révéler ses effets bienfaisants et par enflammer le coeur des indifférents même. [...] M. Juneau était d'une charité sans exemple. Il faudrait des volumes pour redire tout le bien qu'il a fait. Et que de bonnes oeuvres il a accomplies dans l'ombre !» (2)

(1) Pierre-Georges Roy, Toutes petites choses du régime anglais, tome 2, Québec, éditions Garneau, 1946, p. 256-257. 

(2) Pierre-Georges Roy, Fils de Québec, tome 4, p. 10-11. 

Louis Fréchette et ses réparties acérées

Louis Fréchette

J'aime beaucoup replonger de temps à autre dans les écrits polémiques de Louis Fréchette (1839-1908), qui, en plus d'avoir tâté de la politique comme député fédéral de Lévis durant quatre ans, était surtout considéré de son vivant comme notre «poète national». 

La poésie de Fréchette, il faut l'admettre, a mal traversé le temps et ne nous dit plus grand'chose. Ses contes se sont toutefois mieux rendus jusqu'à nous. Mais chose certaine, les deux tomes de ses Satires et polémiques, qui incluent ses fameuses "Lettres à l'abbé Baillargé", procurent toujours de jouissifs plaisirs à l'esprit, tellement Fréchette déchiquette et pulvérise joyeusement et de toute sa verve les propos de ses adversaires ultramontains et conservateurs. Ce qu'il fait avec une combinaison de gouaille, de panache et d'intelligence qu'on ne rencontre pratiquement plus de nos jours.

À l'époque, devenue si lointaine, où les libéraux québécois étaient des gens cultivés et attachés au mieux-être du Québec et donc ne le trahissaient pas comme c'est le cas actuellement sous la gouverne de Philippe Couillard, Fréchette était un libéral résolu. Il était également anticlérical, tout en restant attaché à l'Église catholique. Laïque, Fréchette voulait tout simplement et clairement la séparation de la religion et de l'État, et il prônait la liberté de conscience et d'expression, y compris le droit de critiquer et de dénigrer toutes les croyances et idéologies. En ce sens, encore, Fréchette était un libéral digne de ce nom, contrairement au PLQ d'aujourd'hui qui, là aussi, piétine l'héritage de nos vrais libéraux d'antan.

(Pour les gens qui voudront en savoir plus sur le personnage hors de l'ordinaire qu'était Louis Fréchette, l'historien Jean-Claude Germain lui a consacré un petit livre assez bien foutu, La double vie littéraire de Louis Fréchette).

Louis Fréchette, donc, était un polémiste redoutable et aux dents acérées. Il maîtrisait également l'art de servir des réparties certes savoureuses aux oreilles des auditeurs, mais dévastatrices à qui en était la victime. Hier soir, en parcourant un recueil de courts récits du fondateur de nos archives nationales, Pierre-Georges Roy, je suis tombé sur ce passage relatant l'un des nombreux affrontements oratoires ayant opposé Fréchette à son adversaire le plus coriace :

«Louis Fréchette, alors qu'il faisait de la politique, était le plus redoutable lutteur du parti libéral dans la région de Québec. Sur les tribunes publiques, parmi les adversaires du parti libéral, celui qui pouvait répondre à Fréchette avec le plus de succès était Guillaume Amyot, député conservateur de Bellechasse. 

Fréchette et Amyot étaient avocats et plaidaient souvent l'un contre l'autre. Un jour, Fréchette, au lieu d'agir comme avocat, fut appelé comme témoin dans une cause où Amyot était un des avocats. Cette fois, le témoin l'emporta sur l'avocat. Qu'on en juge par le dialogue suivant tiré d'un journal du temps : 


Amyot : - Savez-vous que vous êtes sous serment ?


Fréchette : - Oui, monsieur, et je sais aussi que vous posez des questions pertinentes, impertinentes même. 


Amyot : - Inutile de faire de l'esprit, tout le monde sait que vous en avez. 


Fréchette : - Il est fâcheux que je sois sous serment, je serais très heureux de vous rendre le compliment. 


Amyot : - Il n'y a pas que l'esprit dans le monde, il y a aussi le coeur. 


Fréchette : - Je ne vous savais pas connaisseur en pareille matière. 


Amyot : - Jurez-vous que je n'ai pas de coeur ?!?


Fréchette : - Certainement non, pas plus que je pourrais jurer que vous en avez.


Ce dialogue a été interrompu à maintes reprises par les rires des auditeurs et le juge avait été obligé de menacer l'auditoire de faire évacuer la salle si on ne cessait de manifester. Évidemment, M. Amyot n'était pas en veine ce jour-là.»


Tiré de : Pierre-Georges Roy, Toutes petites choses du régime anglais, tome 2, Québec, éditions Garneau, 1946, p. 230-231.

Guillaume Amyot

mercredi 1 juillet 2015

Un prédécesseur de Philippe Couillard... dans l'infamie.

La bataille des Plaines d'Abraham, 13 septembre 1759


De tous les premiers ministres de l'histoire du Québec, Philippe Couillard (comme je le décrivais dans cet article sur RadioH2o) se révèle déjà comme celui qui aura le plus piétiné et le plus trahi les libertés fondamentales pour lesquelles nos ancêtres ont dû âprement lutter, particulièrement contre le pouvoir du surnaturel (autrement dit la religion) sur la société, la politique et l'État. 

L'étendue des mesures liberticides du projet de loi 59, récemment annoncé, est stupéfiante : à côté de ça, la fameuse Loi du Cadenas de Duplessis, c'était vraiment de la petite bière, et Couillard, en plus de se démarquer par sa servilité rampante à l'égard des forces obscurantistes les plus agressives de notre temps, se positionne en vue de devenir le plus grand fossoyeur des libertés québécoises. 

Le fait est que Couillard est carrément en train de ramener la société québécoise à l'époque sombre où l'État servait de «bras séculier» au despotisme religieux. Jadis, c'était les tenants de l'ultramontanisme qui combattaient la séparation de la religion et de l'État. Aujourd'hui, ce sont les mouvances qui propagent la charia, dont la censure, qui occupe une place de choix dans le projet de loi 59, est un pilier central.

Philippe Couillard ne fait pas seulement que trahir les libertés et l'identité québécoises.Il trahit également l'héritage de son propre parti en imposant exactement ce que combattaient ceux qui jadis dirigeaient le parti libéral, dont l'un des plus importants penseurs fut Edmond Lareau, un juriste, écrivain et député, qui écrivait en 1879 :

«Tolérer l’influence du pouvoir religieux dans la vie politique équivaudrait à nier le gouvernement constitutionnel, ce serait le gouvernement théocratique. L’autorité ne prendrait plus son origine et sa sanction dans le peuple, mais dans une classe du peuple, gouvernant la nation au nom du droit divin. Ce serait pénétrer dans l’obscure nuit du moyen âge».


Avec le projet de loi 59 qui met notre État au service des alliés islamistes de Couillard, on pénètre à fond la caisse dans «l'obscure nuit du moyen âge» contre laquelle Edmond Lareau mettait en garde nos compatriotes de son temps.  Et c'est aujourd'hui, en 2015, que Couillard nous fait ce sale coup, potentiellement mortel à nos libertés, alors qu'on ne croyait plus possible le retour à ce temps où on ne pouvait critiquer, et encore moins dénoncer les croyances surnaturelles ainsi que leurs coutumes misogynes, arriérées, homophobes, etc.  

Et tout ça, Couillard le fait en détournant notre propre État pour le mettre au service des forces obscurantistes, particulièrement celles qui se réclament de la charia. On comprend d'ailleurs très clairement pourquoi Couillard avait chassé de son parti la seule députée musulmane de l'histoire du Québec, Fatima Houda-Pepin, celle-ci étant trop opposée à son goût à ses alliés pro-charia. Parce que selon les vues de Couillard, les seuls musulmans acceptables et crédibles ne sont pas les démocrates parmi eux, mais bel et bien ceux qui professent la charia misogyne, homophobe, totalitaire, arriérée et obscurantiste. 

Pour ces raisons, et même en pesant scrupuleusement mes mots, je tiens Philippe Couillard pour la personnification du traître intégral. On ne s'étonnera donc pas trop si j'ai spontanément songé à lui lorsque, hier soir, je parcourais un chapitre consacré à un important traître à notre peuple, un dénommé Jean-Baptiste Cugnet, dans le dernier tome de la série Les petites choses de notre histoire, de l'historien Pierre-Georges Roy, dont l'oeuvre est immense et que l'on peut notamment qualifier de véritable fondateur de nos archives nationales. 

Jean-Baptiste Cugnet est celui qui s'est vendu aux Anglais en les guidant vers le chemin qui leur permettrait le mieux de surprendre l'armée de Montcalm juste avant la Bataille des Plaines d'Abraham. À l'instar de Couillard qui détourne aujourd'hui notre État québécois au service de l'obscurantisme pro-charia, Cugnet était donc lui aussi un facilitateur et un auxiliaire majeur de la destruction de son propre peuple. L'analogie ne me paraît pas du tout exagérée, même si, évidemment, les circonstances et le contexte ne sont pas les mêmes. Il demeure que les oeuvres de l'un comme de l'autre se distinguent par leur caractère dévastateur à l'encontre de notre peuple. Et tous deux, bien sûr chacun à sa manière, auront ouvert une vaste brèche à ceux qui veulent envahir notre pays pour détruire la société qui y est établie. 

En tout cas, c'est en étant persuadé que l'on gagne en lucidité quand on connaît notre histoire le mieux possible, que j'ai cru bon de vous partager cet extrait éclairant du texte que Pierre-Georges Roy a écrit sur ce personnage aussi infâme qu'ignoble, qui me rappelle singulièrement celui qui, présentement, trahit les libertés du peuple dont les destinées - pour notre plus grand malheur - lui ont été confiées : 

Pierre-Georges Roy (1870-1953)

LE TRAÎTRE CUGNET

Il est impossible de croire que Wolfe ait pu découvrir seul la petite côte de la falaise de Québec qui, dans la nuit du 13 septembre 1759, lui permit d'atteindre les Plaines d'Abraham où il devait trouver, quelques heures plus tard, un trépas qui l'a immortalisé. 

[...] James Thompson, décédé à Québec le 25 août 1830 à l'âge de 98 ans, et qui avait été soldat dans l'armée de Wolfe lors du siège de Québec en 1759, écrivait dans son journal, quelques années après la bataille des Plaines d'Abraham : 

«Monsieur Cugnet was the person who, at the Island of Orleans, gave General Wolfe the information where would be the best place to get up the bank above the town.»

Cugnet, croyons-nous, fut le véritable traître au mois de septembre 1759. 

Cugnet, comme tous les traîtres, se trahit lui-même, puisqu'il retomba aux mains des Français. En effet, le gouverneur de Vaudreuil écrivait de Montréal, le 11 mai 1760, au chevalier de Lévis, alors aux environs de Québec : 

«Il est indispensable que, sans tarder un instant, vous fassiez le procès du sieur Cugnet, militaire. Si par les preuves il est convaincu d'avoir trahi, donné à l'ennemi des avis ou éveils contraires aux intérêts de la patrie, je vous prie, Monsieur, de lui faire casser la tête sur-le-champ. Si, au contraire, il était prouvé que le sieur Cugnet s'était restreint et n'avait pas mésusé de l'ordre que le général Murray lui donna en le chargeant de la police des Français, il ne pourrait être puni, parce que la création et l'établissement de cet emploi étaient nécessaires et fondés sur le droit du vainqueur. Mais, en ce cas, vous voudrez bien le faire garder toujours à bord d'une des frégates, parce qu'après votre expédition, Monsieur l'intendant fera de plus amples informations, cette affaire étant de la plus grande conséquence.»

Deux jours plus tard, le 13 mai 1760, l'intendant écrivait à son tour au chevalier de Lévis : 

«M. le marquis de Vaudreuil vous marque ce qu'il pense de Cugnet. Si vous aviez des certitudes ou preuves des avis qu'il peut avoir donnés sur notre compte, ou des conseils qu'il peut avoir donnés contre le pays, il ne dépendra que de vous, après lui avoir fait donner un confesseur, de l'envoyer dans l'autre monde[...]». 

Le sieur Cugnet fut remis en liberté par les autorités françaises ou réussit à s'échapper de sa prison, puisque nous le voyons à Québec dans les premières années du régime anglais. 

M. Philéas Gagnon nous apprend même qu'il reçut une pension du gouvernement pour prix de sa trahison : 

«Dans un petit cahier de notes manuscrites qui semble avoir servi à un personnage quelconque des commencements du régime anglais ayant apparemment la disposition d'un fonds secret, on voit figurer, en 1765, le nom d'un Nicolas Cugnet, messager du Conseil, comme l'un de ceux qui retirent une pension du gouvernement for services

Nous croyons que le traître Cugnet était le frère du fameux jurisconsulte Étienne-François Cugnet, du chanoine Gilles-Louis Cugnet et du conseiller au Conseil supérieur Thomas-Marie Cugnet. Il est vrai que le petit cahier du fonds secret cité par M. Gagnon donne le prénom Nicolas au messager du Conseil qui recevait une pension «for services». Mais il peut y avoir erreur de la part du personnage propriétaire du cahier. 

Le traître Cugnet doit être Jean-Baptiste Cugnet, né à Québec le 26 mars 1726. [...] Dans tout le régime français au Canada, il n'y a eu qu'une famille Cugnet ici. C'est celle des légistes. 

Je viens de trouver dans une lettre inédite de Mme Bégon écrite à l'automne de 1751 la preuve que le sieur Cugnet, s'il n'était pas encore un traître, avait fort mauvaise réputation. Mme Bégon écrivait de France à l'une de ses parentes du Canada : 

«[...] Cette pauvre Mme Cugnet me fait bien pitié. Elle me mande qu'elle vend ce qu'elle a pour payer ses créanciers. Son fils est à La Rochelle en prison depuis deux mois. Après avoir battu le pavé de toute la France, il est venu se faire renfermer dans cette prison pour avoir insulté vivement M. Goguet, à qui il fit mettre l'épée à la main sur le canton, dont Cugnet se tira fort mal. Il y a un officier de ton pays mêlé dans cette histoire qui est heureux d'être parti car il aurait tenu compagnie à Cugnet. On dit l'affaire fort sérieuse pour eux. Tout ce que je puis t'en dire, c'est que Mme Cugnet serait heureuse d'être débarrassée de ce mauvais sujet, car il fait des tours partout où il a été.» 

[...] Le traître Jean-Baptiste alias Thomas [ou NicolasCugnet s'éteignit dans l'obscurité, on ne sait pas même la date ni l'endroit de sa mort, pendant que son frère aîné, le jurisconsulte Etienne-François Cugnet, devenait l'une des plus belles figures de notre histoire en défendant ses compatriotes contre les projets si dangereux du procureur général Maseres

Source : Pierre-Georges Roy, Les petites choses de notre histoires, septième série, Québec, Éditions Garneau, p. 148-152. 

Septième volume (sur sept) des Petites choses de notre histoire, de Pierre-Georges Roy.
Sa signature est au haut de la page couverture.